Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Si l’histoire des espèces qui se propagent à grande vitesse est aussi ancienne que celle du commerce mondial, des chercheurs chinois avertissent que les “nouvelles routes de la soie” initiées par Pékin risquent d’accélérer ce fléau comme jamais auparavant.  Ces espèces d’origine végétale ou animale introduites dans un nouveau milieu, volontairement ou non, deviennent nuisibles et menacent la biodiversité locale et l’environnement là où elles se sont implantées. Quant aux « nouvelles routes de la soie », il s’agit  d’un gigantesque projet chinois d’infrastructures routières, ferroviaires et portuaires couvrant une centaine de pays non seulement en Asie, mais également en Afrique et en Amérique du Sud et centrale. Pékin vise ainsi à développer les échanges commerciaux avec la Chine.

En croisant des observations climatiques et d’habitat, les chercheurs chinois estiment que plus de 800 espèces de vertébrés seraient susceptibles de s’introduire dans un nouveau milieu différent de celui d’origine et d’y rester. Leur étude, publiée dans la revue Current Biology, identifie sur la planète quatorze grands “points chauds d’invasion” où le risque est élevé que des espèces étrangères s’implantent et prolifèrent.

Sur leur carte, les points rouges apparaissent sur tous les continents. D’abord en Asie, et notamment dans l’archipel indonésien, au Vietnam, aux Philippines, mais aussi dans le sud du Chili, qui commerce de plus en plus avec la Chine et dans les Caraïbes. Ensuite ce serait le tour du pourtour méditerranéen, dans des pays qui ont officiellement rejoint le projet, comme l’Algérie, où le climat est favorable. En Afrique, le Nigeria et la Cameroun les clignotants sont au rouge tant il y a de personnel chinois s’y rendant pour des chantiers.

Car, tout comme les insectes et les champignons, les rats, les grenouilles, les serpents ou les oiseaux peuvent voyager dans les camions, les trains, les navires et même les avions. Sans compter les espèces transportées sciemment comme les animaux domestiques, qui sont ensuite lâchés dans la nature. Déjà, l’oiseau appelé martin triste, venu de Russie et du Kazakhstan, a envahi le Xinjiang en Chine où cet oiseau marron détruit les nids des volatiles locaux. La grenouille-taureau  dévore depuis des années les batraciens chinois locaux mais aussi ailleurs sur la planète. C’est l’amphibien le plus invasif du monde. Ces espèces envahissantes sont très difficiles à éradiquer. La solution est de multiplier les contrôles au départ et de bloquer  les camions, les containers, de mettre en place des quarantaines ou encore d’initier des programmes de protection de la biodiversité.

MB Socopag