Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Si aucune récolte de céréales n’est attendue avant juillet prochain,  les opérateurs n’en sont pas moins à l’abri d’un accident climatique ou d’un événement géopolitique. A l’échelle de la planète, les opérateurs savent de quelle quantité de grains disposera chaque grand pays exportateur jusqu’à la fin de la campagne actuelle.

Durant la seconde partie de l’actuelle campagne céréalière, l’Argentine pourrait prendre le relais du bassin de la Mer Noire sur le marché mondial du blé et concurrencer la France sur le continent africain. Ses capacités d’exportation sont estimées à 14 millions de tonnes (Mt).

En conséquence, le blé français serait alors mis sur la touche. La France ne serait pas alors en mesure d’exporter 8,7 Mt de grains, hors de l’Union européenne, comme escompté en début de campagne. Les négociants ont intégré  depuis longtemps la situation en Australie : la récolte de 16,2 Mt de blé sera deux fois inférieure à celle de 2016-2017. De même, seules 7,2 Mt d’orge y seront produites.

 

Les cours des céréales devraient rester sages

La production mondiale de blé est déficitaire pour la première fois depuis 5 campagnes (737 Mt pour une consommation de 745Mt) mais les stocks de report seront importants (138 Mt hors Chine). A la fin de la campagne, le déficit mondial en orge serait moins important que prévu. Enfin, les pays importateurs de maïs n’ont aucune difficulté pour s’approvisionner. Les stocks mondiaux de grains (270 Mt, 26 % de la production mondiale) modèrent le niveau des cours.

 La prochaine récolte débutera en juillet-août dans l’hémisphère nord ! D’ici là, rien ne justifie un emballement des prix des céréales. Les indicateurs de marché sont bons. Deux millions d’hectares (Mha) de blé supplémentaires sont semés dans le monde depuis le mois d’octobre dernier. Les 220,1 Mha emblavés augurent une production mondiale de blé de 751 MT à partir de juillet prochain, soit 17 Mt de plus que l’actuelle campagne. L’Ukraine et la Russie cultivent plus de 34 Mha cette année.

Les règles de fonctionnement des marchés des commodités (produits pétroliers, céréales) sont de plus en plus sous l’influence de facteurs géopolitiques, ce qui les rend imprévisibles. Les indicateurs de marché (offre, demande etc.) sont de moins en moins pertinents.

Par exemple, le prix du soja aux Etats-Unis oscille au rythme des tensions commerciales entre le gouvernement américain et la Chine. Lorsqu’il se vend moins bien, son cours baisse tandis que celui du soja brésilien augmente, tiré par une demande internationale raffermie. Le prix du pétrole a augmenté l’automne dernier lorsque les Etats-Unis ont imposé un embargo à l’Iran alors que le marché était bien approvisionné. Les dévaluations des monnaies des pays émergents exportateurs de céréales rendent ces dernières plus compétitives par rapport à celles qui proviennent des Etats-Unis ou d’Union européenne.

Exportations de blé, la Russie distance ses concurrents :

« A l’horizon de moins de 10 ans, la Russie vise une production de 125-130 millions de tonnes de grains et affiche donc un potentiel d’exportation d’au moins 45-50 Mt », écrit Jean Marc Hervé, ingénieur agronome général honoraire dans un des chapitres du Déméter 2019 intitulés « L’Europe (occidentale) vue de Russie (et d’Europe orientale) ». Selon lui, la consommation nationale russe n’excèdera pas 75-80 Mt. Le déclin démographique serait en partie compensé par les nouveaux besoins de l’industrie de la transformation et par l’essor de l’élevage. En production porcine, la Russie devrait atteindre l’autosuffisance en 2025. Mais elle resterait déficitaire en lait et en viande bovine.

Frédéric Hénin