Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Depuis l’été 2020, la courbe de prix des céréales ne cesse de croître. En cause, différents facteurs concomitants : le phénomène Niña, la pandémie, la demande chinoise et la politique russe…

Le phénomène Niña, avec des remontées d’eaux froides le long des côtes sud-américaines, provoque une hausse des pressions et des épisodes de sécheresse. En Argentine, par exemple, elle met en péril une récolte de blé pourtant annoncée comme record dans ce pays, principal exportateur mondial. Même chose pour le soja brésilien.

Les prévisions annoncent encore des hausses des cours : le prix du blé tendre, actuellement à 218 euros la tonne, pourrait passer à 223 euros en mars 2021, le maïs à 214 euros la tonne passerait à 218 euros. Ces deux denrées affichaient respectivement 170 et 180 euros la tonne en juillet dernier.

La pandémie est aussi un facteur aggravant, les populations craignent pour leurs besoins primaires en denrées alimentaires et appuient la demande. Ainsi les denrées comme le blé ou le maïs deviennent des valeurs refuges, comme l’or ou la pierre dans certaines villes.

Mais c’est surtout la demande chinoise qui entretient la flambée des prix. Les prévisions d’achat chinois, initialement fixées à 7 millions de tonnes, flirtent désormais le chiffre de 30 millions. Même constat pour les exportations françaises de blé, habituellement à hauteur de 200.000 tonnes, elles montent à 1,5 millions pour 2021. Ce bond en avant dans la demande chinoise s’explique de plusieurs façons ;

D’abord, la Chine réagit comme tous les autres pays face à la pandémie, sa population, par crainte des ruptures, stocke des denrées alimentaires de base et, du fait de sa démographie, l’impact en volume est très visible.

Par ailleurs, la Chine a reconstitué ses élevages porcins décimés par la grippe du même nom. Elle relance ses exploitations avec un besoin important d’importation de céréales pour l’alimentation animale.

Et enfin, la Russie est venue troubler les marchés en décidant de taxer ses exportations de blé, à raison de 50 euros sur la tonne exportée à partir du 1er mars prochain jusqu’au 30 juin. Avec 20% du commerce mondial du blé, la Russie influence directement la courbe de prix du blé.

Dans ce tableau céréalier, il faut aussi prendre en compte une autre céréale : l’orge dont le coût à la tonne dépasse aussi les 200 euros. Une flambée entretenue par plusieurs événements. D’abord une canicule australienne et européenne, notamment en Allemagne, qui a ruiné les objectifs et appauvri le stock mondial, au plus bas depuis 30 ans. Ensuite, une demande soutenue de la part de plusieurs filières :

  • L’Arabie Saoudite qui a cessé ses cultures consommatrices d’eau pour se concentrer sur l’élevage de dromadaires avec des importations de plus de 7 millions de tonnes ;
  • Les Chinois, pour leurs élevages mais aussi pour leurs bières ;
  • La filière brassicole, à travers le monde, avec le malt. Les brasseurs et fabricants de whisky représentent une demande dynamique.

Finalement, les céréaliers français voient dans cette céréale l’opportunité d’une filière moins menacée par la Russie et l’Ukraine.

Source : Le Monde