Comprendre les enjeux de l'agriculture
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A contrario  des prévisions les plus pessimistes sur les effets négatifs du réchauffement climatique, la production agricole mondiale a progressé au cours des 20 dernières années et devrait continuer à le faire, observe Pierre Le Roy, de Globeco, à partir de chiffres publiés par  le GIEC et la FAO. Thèse iconoclaste aux yeux de nombre d’écologistes.

Y a-t-il une corrélation entre accroissement de la production agricole et réchauffement climatique ? Pierre Le Roy, fondateur de Globeco en est persuadé. A partir de chiffres publiés par le GIEC, il observe que la production mondiale de céréales de 2016, en moyenne triennale (c’est à dire de la moyenne des années 2015, 2016 et 2017), est supérieure de 27 % à celle de 2006, également en moyenne triennale. Au cours de la décennie précédente (1996 -2006), la progression correspondante n’avait été que de 13 %. Cette progression au cours de la dernière décennie est particulièrement importante dans un pays comme la Russie, dont la façade maritime Nord profite très largement du réchauffement climatique : la croissance de la production de céréales dans ce pays au cours de la dernière décennie a été de 52 % (117 millions de tonnes contre 77 millions), alors qu’elle n’a été « que » de  27 % en moyenne mondiale.

Pour Pierre Le Roy, l’évolution des rendements est encore plus significative. Depuis les années 1960, cette progression a été, pour les céréales, de 4 quintaux par hectare tous les 10 ans. Au cours de la dernière décennie, marquée par une accentuation du réchauffement climatique, l’augmentation correspondante, toujours en moyenne triennale, est proche de 7 quintaux, puisqu’elle est passée de 33,16 quintaux/ha en 2006 à 39,93 quintaux/ha en 2016.

Même observation pour les fruits, pour les légumes et pour le lait. La croissance de la production a été respectivement de 80 %, 105 % et 49 % entre 1995 et 2015 contre 59 %, 54 % et 26 % pour la période 1975-1995. Seules les viandes font exception puisque les chiffres correspondants sont respectivement de + 59 % et + 77 % pour les mêmes périodes.

Marge de manœuvre croissante

Plus globalement, la progression de la production agricole mondiale, toutes grandes productions confondues (céréales, oléagineux, canne et betterave à sucre, fruits, légumes, lait et viandes), a été au cours des deux dernières décennies de 31 % par décennie. Le réchauffement climatique ne pénalise pas la production agricole contrairement aux affirmations de nombreux écologistes, dont Nicolas Hulot, qui estime que la modification du climat a un effet négatif sur la production.

En outre, tous les experts sont d’accord pour estimer que, pour nourrir convenablement les 10 milliards d’habitants de notre planète en 2050, il faut multiplier la production agricole mondiale de 1995 par 2,25, rappelle Pierre Le Roy. Grâce à FAOSTAT (données alimentaires de la FAO) , il est possible de projeter jusqu’à 2050 l’évolution observée depuis 1995. Cette projection est très instructive : à partir des chiffres de 2008, toujours en moyenne triennale, la projection pour 2050 est une multiplication de la production agricole mondiale de 1995 par 2,84 ; à partir des chiffres de 2012, le chiffre correspondant est de 2,88 et, à partir des chiffres de 2016, de 2,98. Cela démontre, non seulement que la marge par rapport à 2,25 est importante, mais qu’elle augmente d’année en année.

Toutes ces projections supposent, bien entendu, un réchauffement climatique limité, de l’ordre de 0,5 degré  à l’horizon 2035 par rapport à la fin du XXème siècle, ce qui correspond d’ailleurs  à l’estimation du GIEC, note Pierrre Le Roy. Et non pas  les deux degrés habituellement évoqués  qui renvoient à l’élévation de la température à ne pas dépasser  par rapport à l’ère pré-industrielle (c’est-à-dire 1850-1900), le réchauffement climatique constaté au cours du XXème siècle ayant déjà été de l’ordre de un degré entre 1880 et 2012.