Comprendre les enjeux de l’agriculture
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1,65 million d’animaux vifs ont été expédiés d’Amérique du Sud et d’Europe vers les pays des rives sud et orientale du bassin méditerranéen. Par contre, du Maroc à la Turquie, la viande fraiche ou congelée, a de moins en moins la cote.

Au Maroc, les importations de viande bovine et de bovins vifs portent sur de petits volumes mais progressent régulièrement. En 2017, le royaume chérifien a acheté 13.000 animaux vifs, soit 84 % de plus que l’année précédente tandis que les importations de viande bovine (6 087 tonnes équivalent carcasse) ont décliné de 6 % par rapport à 2016.
L’Union européenne  tire profit de la proximité du marché marocain.  Ses exportations d’animaux vifs sont en croissance. Mais la concurrence est rude. Les animaux français, réputés pour leur qualité, sont trop gros et onéreux. Les bovins espagnols de plus petite conformation, et meilleur marché, sont parfois préférés.
Concernant les achats de viande fraiche, le Maroc opte pour le milieu de gamme. Les carcasses importées sont essentiellement brésiliennes et polonaises, avec des prix sous les 5 €/kg en moyenne.
Du Maroc à la Turquie, « la zone périméditerranéenne demande toujours plus de vif, rapporte l’Institut de l’élevage dans une étude intitulée ‘’Marché du boeuf, cap à l’est’’ (Perspectives N°489 Mai 2018). En 2017, pas moins de 1,61 million de bovins (hors reproducteurs) y ont été expédiés, soit une modeste hausse par rapport au record de 2016 (+2%), mais largement significative sur 5 ans (+65% depuis 2012) ».
Toutefois, les gouvernements méditerranéens donnent la priorité aux importations d’animaux vifs pour des raisons sanitaires (pas de problème de respect de la chaîne du froid) ou religieuses.

A peine sur les dix doigts des deux mains !
Le marché mondial de l’export de bovins vifs est dominé par le Mexique (1,160 million de têtes) et six autres pays ou région : Australie, Union européenne (3ème exportateur mondial avec 710.000 têtes), Canada, Brésil et Uruguay. Le premier pays exportateur mondial de viande est l’Inde (1.710 million téc en 2017) suivie par le Brésil (1.680 million téc), l’Australie (1.370 million de téc) et les Etats-Unis (1.300 million téc). Sous le seuil du million de téc, figurent la Nouvelle Zélande, le Canada, l’Uruguay, le Paraguay l’Argentine et, en dixième position, l’Union européenne (300.000 téc).

Des importations pour compenser une offre déficitaire

Sinon, le développement des importations de bovins vifs ou de viande bovine illustre à la fois l’amélioration du niveau de vie des pays méditerranéens et leur capacité à accroître leur production pour y faire face.
En Turquie, deuxième pays importateur de bovins viande au niveau mondial (après les Etats-Unis), la disparition de l’élevage dans les régions montagneuses de l’est explique le recours massif aux importations d’animaux vifs, et dans une moindre proportion, aux achats de viandes fraiches. La répression militaire menée par l’armée turque à l’encontre des forces militaires du PKK a dissuadé des centaines de milliers d’éleveurs de poursuivre leur activité pastorale.
L’an passé, la Turquie a importé 747 000 animaux vifs, loin devant l’Egypte (277.000 têtes), Israel et le Liban (204.000 têtes chacun) et la Libye (65 000 têtes).  le marché libyen ne portant que sur 65.000 têtes. prix à la consommation.
L’importation d’animaux vifs est tributaire de la proximité géographique des pays exportateurs. L’origine des bêtes livrée est européenne au sud de la Méditerranée où la France détient des parts de marché importantes. En Algérie, trois quarts des 37.000 têtes importées sont françaises. Le quart restant  reste est essentiellement polonais.
Sur la rive orientale, la Pologne est le principal fournisseur de bêtes européennes de la Turquie (175.000 têtes sur un total 747.000, toutes provenances confondues). Sinon les animaux proviennent du Brésil et d’Uruguay (cf encadré). L’Egypte achète aussi des animaux dans les pays d’Afrique de l’est. Les parts de marché de l’Union européenne sont modestes mais celle-ci n’est pas, de toute façon, en mesure de pourvoir à la demande des pays sud-méditerranéens.

Marché de la viande en déclin

« A 590.000 tonnes équivalent carcasse (téc) pour l’ensemble des pays des rives sud et orientale de la Méditerranée, les volumes importés poursuivent leur repli (-12% /2016) en raison des difficultés économiques rencontrées par l’Égypte, principal importateur de la zone », analyse l’institut de l’élevage.
La préférence des pays de la côte sud et orientale de la Méditerranée porte sur des produits de bas de gamme.
« Le marché de la viande bovine reste dominé par le Mercosur (60% des tonnages importés) et l’Inde (29%). L’Union européenne occupe une place modeste (7%) mais croissante (+12% /2016) », souligne l’Institut de l’élevage.
L’exemple de l’Algérie est un cas d’école. La moitié des 58.000 téc de viande importées est indienne (très bas de gamme, sous les 4 € par kilogramme) mais aussi sud-américaine, (Brésil, Paraguay, Argentine, Uruguay) et polonaise (milieu de gamme).
La France est quasi inexistante sur ces marchés car la viande proposée est de trop bonne qualité et par conséquent trop onéreuse. La tonne de viande brésilienne coûte 200 € de moins à produire qu’en France, selon l’Institut de l’élevage.
Les pays d’Europe centrale (la Pologne essentiellement) s’en sortent mieux sur la rive orientale en  Turquie (2/3 du marché) et dans une moindre mesure en Israël et sur la rive sud de la Méditerranée.

De 4 € à 7 € par kilogramme de carcasse
Le prix de la viande explique à lui seul les choix des pays pour telle ou telle provenance ; « Sous les 5 euros, on retrouve les viandes brésiliennes, polonaises, paraguayennes et canadiennes. Enfin, la viande indienne reste sous les 4 €/kg », affirme l’Institut de l’élevage. Mais les prix ont en moyenne progressé de 52 % en 10 ans, toutes origines et qualité confondues.