Comprendre les enjeux de l'agriculture

Les exploitations de moins de 2 hectares sont majoritaires sur le continent africain. Celles-ci sont particulièrement sensibles aux événements climatiques et autres dommages aux cultures. Elles pourraient considérer l’assurance indicielle comme une option attractive. Du fait de leur faible accès au financement et à l’assurance, les petits exploitants ont peu de résilience, que ce soit pour transformer leur organisation, se développer ou lutter contre les avaries. En comparaison avec les autres continents, l’Afrique reste faiblement assurée en matière  agricole. En 2017, 1% des petits exploitants africains étaient assurés contre 15% de leurs homologues sud-américains et 50% pour ceux de la région Asie.

En 2020, Allianz Re, branche réassurance du groupe allemand du même nom, a mené une étude concernant le secteur agricole. Il apparaît que l’assurance agricole africaine pèse $320 millions, seulement 2% du montant global des primes versées sur le continent, hors assurance vie.

Sur les $46 milliards de cotisations mondiales, 60% concernent les États-Unis et la Chine. Le continent africain est loin derrière,l’ Afrique du Sud étant largement en tête. Suivent le Maroc, le Botswana, la Zambie et le Nigéria, tous versant plus de $10 millions de primes par an. L’Ouest et le Centre sont loin derrière, ils restent sous-assurés.

Depuis quelques années, les gouvernements africains ont compris que l’assurance agricole représente un levier de capacité productive et de sécurité alimentaire. Des premières collaborations avec des assureurs privés permettent de proposer des couvertures d’assurance indicielle au monde agricole.

A titre d’exemple, au Zimbabwe, Blue Marble Microinsurance a lancé un projet pilote d’assurance indicielle avec l’intention de stabiliser les revenus des petits exploitants agricoles. Depuis 2016, soutenue par le Programme alimentaire mondial (PAM), la société couvre les événements météorologiques tels que les inondations, la sécheresse ou les cyclones. En 2023, plus de $200.000 ont été versés en compensation des dommages.

Au Maroc, le gouvernement compte assurer 14% de sa surface agricole en proposant une couverture climatique multirisque par le biais de la Mutuelle agricole marocaine d’assurance (MAMDA) :

  • Sécheresse ;
  • Froid ;
  • Gel ;
  • Vents et tempêtes de sable ;
  • Crues

Avec la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes et la volonté des gouvernements d’instaurer des mécanismes de résilience agricole, les assureurs privés construisent de nouvelles offres de protection pour le monde agricole.

La FAO considère que près d’un dixième du PIB agricole africain est affecté par les événements climatiques.

Les obstacles au développement

Le Microinsurance Network a publié, en collaboration avec la Fondation Munich Re, un rapport intitulé « État des lieux de la micro-assurance 2022 » qui évalue à $7 milliards le potentiel du marché africain en termes de prestations de micro-assurances agricoles.

Ce rapport est le fruit d’une collecte de données effectuée auprès de plus de 250 prestataires sur près de 1000 produits d’assurance proposés dans une trentaine de pays situés en Afrique, mais aussi en Asie et en Amérique latine. Si cette étude révèle l’opportunité, pour les assureurs, de développer des offres sur le continent africain, ils font face à quelques obstacles.

Le principal est le frein culturel. Les agriculteurs estiment qu’ils paient un service inutile si des dommages ne surviennent pas sur une longue période. Ils ont l’habitude de gérer les aléas au fur et à mesure de leur survenance, la prévention a un coût qu’ils ne peuvent pas assumer financièrement.

Ensuite, le marché n’est pas viable sur le plan financier sans l’intervention de l’État, dans le cadre de politiques incitatives comprenant des prêts, des subventions et toutes autres formes d’accompagnement. Les exploitations agricoles représentent le premier maillon de la souveraineté alimentaire tant plébiscitée par les États africains.

Des organisations internationales gèrent des programmes d’accompagnement sur les risques agricoles mais l’Afrique reste largement sous-subventionnée (2%) comparée aux autres continents ou régions : Amérique du Sud 40%, Asie 20%…

Et enfin, le principe de l’assurance indicielle, basé sur des données modélisées, peut conduire à une indemnisation réduite comparée aux dommages réellement subis. De plus, le fondement paramétrique de l’offre peut rebuter des agriculteurs ignorants de ce concept.

Malgré les obstacles, il existe un réel besoin lié à la menace des aléas climatiques en agriculture. L’instauration d’une offre de couverture agricole viable est certes dépendante de l’implication des parties, publiques ou privées mais elle peut compter sur un l’appui grandissant des nouvelles technologies et du Big Data.

Le secteur de la finance a déjà largement profité du taux d’équipement africain en mobiles et autres terminaux pour proposer divers services sur le continent : prêt en ligne, plateforme de négoce des denrées, ….

La considération de données géographiques plutôt qu’individuelles dans le cadre de l’offre d’assurance indicielle facilite aussi la collecte d’informations et sa diffusion via des mobiles.

Le principe de l’assurance indicielle

Avec le développement des technologies numériques, les assureurs disposent de nouveaux outils pour mieux évaluer les contextes à risque, selon les zones d’exploitation. La modélisation de données dont le volume croît et l’apparition de l’intelligence artificielle a favorisé l’apparition de nouvelles offres d’assurance, dont l’assurance indicielle. Aussi appelée assurance paramétrique, elle est une alternative à l’assurance traditionnelle lorsque celle-ci ne répond pas aux besoins.

L’assurance indicielle concerne principalement les risques liés aux données météorologiques. Ce facteur de risque impacte aujourd’hui une majorité des activités humaines. Pourtant, La quasi-totalité de ces activités n’est pas couverte pour les pertes économiques liées à ce facteur.

La multiplication des dégâts agricoles engendrés par les épisodes climatiques extrêmes et les catastrophes naturelles appuient le développement de cette forme d’assurance.

Aujourd’hui, l’assurance indicielle intéresse de nombreux secteurs :

  • Le secteur énergétique ;
  • Le secteur du transport ;
  • Les activités touristiques ;
  • Les événements sportifs ;
  • Les évènements culturels ;
  • Le domaine de la construction.

Selon la nature des événements, des dommages en lien avec l’aléa climatique :

  • Atteintes aux rendements ;
  • Pertes de revenus ;
  • Annulations de transports ;
  • Reports d’événements ;
  • Retards de plannings de construction.

L’assurance indicielle couvre donc tous les dommages issus des effets du réchauffement climatique : sécheresses extrêmes en Afrique, gel dans les pays du Nord, moussons en Asie…

On comprend aisément que les exploitants-producteurs d’énergies renouvelables s’intéressent à cette couverture, leur production étant directement impactée par l’intensité du vent ou du soleil.

Les transporteurs aériens sollicitent aussi ce type de couvertures « retard ». Dans la majorité des contrats, les couvertures sont déclenchées à compter d’un nombre d’heures de retard. Idem pour les organisateurs d’événements soumis aux caprices météorologiques.

Les assureurs multiplient les offres innovantes ciblées sur les loisirs. Des vacanciers privés de soleil durant leur séjour peuvent désormais acheter une couverture dédiée.

Les assureurs sont plus frileux à s’engager dans le secteur agricole pour les raisons évoquées précédemment, notamment au début de la chaîne de valeur. En aval, ils proposent de couvrir les transporteurs de denrées alimentaires. A titre d’exemple, les armateurs s’assurent contre les dommages provoqués par le mauvais temps. L’assurance indicielle prend alors en compte le niveau des vagues pour déclencher la couverture.

La International Finance Corporation (IFC)- ou Société financière internationale (SFI-  filiale de la World Bank Group, gère le programme Global Index Insurance Facility (GIIF) dont l’objectif est de faciliter l’accès à l’assurance indicielle pour les agriculteurs ou éleveurs. Les partenaires du programme proposent des offres pour neuf pays d’Afrique subsaharienne. Quelque 100.000 agriculteurs bénéficient d’une telle couverture, à terme, 250.000 agriculteurs devraient profiter de cette protection. Le programme comprend aussi des ateliers de sensibilisation au concept de l’assurance indicielle.

 

Source : Ecofin et Atlas Mag