Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Land Matrix entre en phase 3. Ce programme international répertorie le volume des opérations foncières. Il est piloté par des membres issus de la société civile, de la recherche et du secteur professionnel.

Pendant les deux dernières décennies, 1865 transactions ont abouti à la vente de 33 millions d’hectares de terres agricoles.  Les acquéreurs sont des États -ou des groupes privés- cherchant à garantir leur sécurité alimentaire. La Chine et les pays du Golfe sont particulièrement actifs. Les pays vendeurs sont souvent pauvres. C’est, en particulier, le cas de l’Afrique. Ces transactions se font au détriment de l’équilibre social et de la sécurité alimentaire des pays les plus démunis.

Les stratégies foncières des États victimes de ces transactions sont encore balbutiantes, voire inexistantes, laissant le champ libre aux ambitions économiques des acheteurs.

Le programme Land Matrix analyse les impacts et attire l’attention des pouvoirs publics sur la multiplication croissante des ventes de terres.

L’analyse des transactions permet d’établir plusieurs constats :

  • Faible consultation des parties concernées par les transactions ;
  • Ignorance de la responsabilité sociale des entreprises;
  • Compensations insuffisantes aux populations dépouillées de leurs terres ;
  • Inexistence d’une plus value réelle en terme de création d’emplois par les nouveaux propriétaires ;
  • Destruction des forêts et de la biodiversité ;
  • Épuisement des ressources en eau du fait de l’introduction de nouvelles cultures.

Les Directives volontaires intergouvernementales, approuvées par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), peinent à se déployer concrètement. Elles se heurtent à l’absence d’informations relatives aux contrats de transactions et aux investisseurs. Ces derniers sont principalement des entreprises internationales.

Le collectif Land Matrix craint que la flambée des prix des denrées alimentaires n’attire encore plus d’investisseurs et incite les États à entreprendre une prochaine vague de transactions foncières agricoles pour conforter leur objectif de sécurité alimentaire.

En effet, les projets des investisseurs se concentrent sur la production d’un nombre limité de denrées de base qui font disparaître les cultures vivrières et menacent l’approvisionnement des populations.

Le collectif émet cinq recommandations :

  • Réformer les gouvernances foncières ;
  • Inclure le volet local dans l’étude des projets d’acquisition ;
  • Intégrer systématiquement les aspects environnementaux et humains dans les traités ;
  • Bannir les acquisition à très grande échelle ;
  • Imposer une traçabilité dans la conduite des projets.

Le dernier rapport de Land Matrix expose les risques, pour la sécurité alimentaire, à livrer le marché foncier agricole aux lois du marché.

Source : CIRAD