Comprendre les enjeux de l'agriculture
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La production chinoise de viande de porc devrait baisser de vingt millions de tonnes équivalent carcasse. Or les consommateurs chinois ne pourront pas compter sur des importations massives pour compenser cette chute de production. L’offre mondiale de viande porcine, et de viandes en général, est insuffisante. L’avenir est donc plein d’incertitudes.

Les Chinois vont consommer moins de viande porc dans les prochains mois mais ils ne sont par prêts à consommer moins de viande en général. Ils achèteront de la viande de bœuf, de volailles et de mouton s’ils ne trouvent plus de viande de porc sur les étals ou si cette dernière est trop chère. Mais le marché intérieur chinois sera-t-il suffisamment approvisionné ?

Actuellement, l’Empire du milieu approvisionne son marché en viande porcine grâce aux animaux infestés et malades qui sont abattus. Mais ils ne sont pas remplacés dans les élevages par de nouveaux porcelets car des centaines de milliers de truies sont dans le même temps éliminées. Des dizaines de millions d’animaux ne verront donc pas le jour pendant les deux à trois prochaines années.

La situation empire chaque mois. Selon une étude de la banque agricole hollandaise Rabobank, mentionnée par le quotidien Le Monde (édition du 17 mai 2019), jusqu’à 200 millions d’animaux seraient éliminés d’ici la fin de l’année. Certains pays asiatiques, importateurs de viande porcine, accentuent la pénurie des marchés, en constituant des stocks pour se prémunir contre les risques d’approvisionnement.

Fin avril, la baisse de la production chinoise de viande de porc représentait déjà l’équivalent du commerce mondial, soit 8 à 9 millions de tonnes équivalent carcasse (Mtéc). La Chine produit 55 Mtéc, soit près de 45 % de la production mondiale, rapporte Jean-Paul Simier dans l’édition 2019 de Cyclope présentée le 15 mai dernier.

Propagation de l’épidémie

Tous les pays sud asiatique (Laos, Vietnam, Cambodge, Philippines, Indonésie etc.) sont touchés. Les élevages sont décimés. Le virus est transmis d’un pays à l’autre par les phacochères, des porcins sauvages porteurs sains -contaminés par le virus de la peste porcine sans développer les symptômes de la maladie- mais aussi par le transport d’animaux et par les déplacements des hommes.

Les mesures sanitaires prises sont tout à fait insuffisantes pour limiter la propagation de l’épidémie et aucun vaccin n’est efficace. Le  commerce de la viande contaminée a aussi propagé la peste sans, toutefois, nuire à la santé de l’homme.

La Chine et ses voisins sont dans l’incapacité de retrouver un niveau de production de viande porcine d’avant la crise  avant au moins quatre ou cinq ans.

Pour s’approvisionner en viande porcine à l’étranger, les choix sont restreints.  Le commerce mondial de la viande ne porte que sur 8 ou 9 Mtéc par an.

Insuffisance de la production mondiale de viande porcine

Par ailleurs, la Chine boycotte le porc étasunien et même canadien. « En avril 2018, en réaction aux surtaxes américaines sur l’acier et l’aluminium, la deuxième puissance économique mondiale a répliqué par une surtaxe de 25 % sur le soja et le porc américain si bien que les ventes de porcs en Chine, premier pays importateur du monde, ont reculé de 52 % l’an passé », explique Jean-Paul Simier.

Aussi, seule l’Union européenne et le Brésil ont les faveurs de l’Empire du milieu et peuvent y exporter facilement leur viande.

Mais l’Union européenne n’exporte que 4 Mtéc de porcs dont 70 % en Asie et 40% vers la seule Chine.

Toutefois, si le prix de la viande porcine flambe en Chine, celle importée des Etats Unis pourrait au final rester attractive car les taxes appliquées seront  inférieures à la hausse des prix.

La demande se porte sur d’autres viandes

Les  consommateurs chinois se portent déjà vers d’autres viandes (poulet, bovins, ovins). Ils achètent aussi plus de poissons et de produits laitiers. La Chine est déjà au niveau mondial, le premier importateur de viande (premier importateur de porc et de viande bovine, plus surprenant aussi le premier en viande ovine et déjà le cinquième en viande de volaille).

Mais, à moyen terme, la Chine est incapable de compenser ses pertes en viande porcine. La production intérieure de viande ovine et bovine est liée au cycle de reproduction de ces espèces. Il faut donc deux à quatre ans pour produire plus de viande. Elle pourrait se tourner vers les marchés étrangers pour s’approvisionner mais l’offre mondiale est limitée et rigide.

Le commerce mondial de viande ovine est dominé par deux pays, la Nouvelle Zélande et  l’Australie (880 000 t) alors que la planète en produit 15 Mtéc (dont 4,75 Mt en Chine).

Les exportations mondiales des principaux pays producteurs de viande bovine représentent 10 Mtéc. Même si tout le volume des échanges mondiaux de viande étaient absorbés par la Chine, ils ne pourvoiraient pas aux besoins des Chinois.

L’Empire du milieu est déjà le second pays importateur mondial de viande bovine (1,2 Mtéc), devant les États-Unis (1,37 Mtéc), sans compter les achats de carcasses en provenance d’Inde, qui transitent par le Vietnam. Il est  aussi le premier pays importateur mondial de viande ovine (320 000 tonnes équivalent carcasse). Seule la filière avicole est excédentaire d’une centaine de milliers de tonnes.

Tous les marchés de viande sont impactés

Dans ces conditions, la peste porcine sud-asiatique impactera l’ensemble des marchés  de la viande : tous les éleveurs et les consommateurs doivent s’attendre à des hausses de prix. En revanche, la Chine importera moins de soja et consommera moins de maïs puisque moins de porcs y seront élevés. Les stocks mondiaux de tourteaux soja vont augmenter.

En fait, la situation est inédite car la peste porcine en Asie du Sud-est mondialisée. L’ensemble des grands pays exportateurs et importateurs de commodités et de produits agricoles sera, dans les prochains, impacté  de près ou de loin par l’épidémie en Asie du sud-est alors que de nouveaux foyers ont été détectés en Europe. Une  Cela se  traduirait, par exemple, par une hausse des prix de toutes les viandes et une réorientation des échanges commerciaux pour approvisionner en priorité le marché d’Asie du sud-est, et de la Chine en particulier. Le risque de pénurie pourrait rendre leur marché intérieur très attractif aux dépens de l’Union européenne notamment.

Frédéric Hénin