Comprendre les enjeux de l’agriculture
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« L’agroécologie peut contribuer au processus de transformation de nos systèmes alimentaires », déclarait le président de la FAO lors d’un colloque international sur le sujet. Dans ce dossier inédit, nous vous rendons compte de la situation de l’agriculture durable en Afrique : les tendances dominantes, les projets couronnés de succès, plus une enquête sur terrain à Madagascar.

L’agriculture de conservation commence à s’affirmer en Afrique

Le semis direct sous couvert végétal est une pratique agroécologique bien connue en Afrique. Le non-labour, l’incorporation des résidus de récolte aux champs et la rotation culturale sont les maîtres-mots du dispositif. La diffusion du SCV avance à pas de géant en Amérique du Sud ; elle traîne en revanche en Afrique, avec un taux d’adoption qui s’établit à 0,9 % (Figure 1).

Les surfaces ensemencées avec couvert permanent sont un trait distinctif des fermes familiales en Afrique de l’Ouest et centrale. Elles enregistrent une hausse sensible, passant de 426 000 ha à 1 400 900 ha entre 2008 et 2013.

L’Afrique du Sud, riche de 368 000 ha de champs cultivés avec semis direct, est le premier bastion de l’agriculture de conservation du continent, devant la Zambie et le Zimbabwe.

À la lumière de la Figure 3, la part de l’agriculture durable dans la surface agricole totale des pays africains reste dérisoire : autour de 3%. Le Zimbabwe est le pays le plus évolué dans ce domaine, en affichant 10% de terres agricoles en SCV.

Des pratiques agricoles simples et avant-gardistes, réconciliant l’homme et la nature

Depuis le xixe siècle, les inquiétudes liées à l’érosion, à l’appauvrissement des sols et aux crises des rendements ont fait naître une foule d’initiatives agroécologiques, venant compléter le SCV. En voici des exemples illustratifs au cours des 20 dernières années :

– Au Burkina Faso, l’Afrique du désert est criante avec son climat aride et sec et sa précipitation n’excédant pas 400 mm par an. Pour contenir le ruissellement, les diguettes de terre sont couplées aux zaï, des trous de plantations recueillant les eaux de pluie ainsi que des grains de mil et de sorgho.

– Pareillement au Mali et au Togo, le zaï existe de longue date. Les conseillers agricoles incitaient les exploitants à intensifier la biomasse par épandage de fumier. Sous l’action des termites explorant différents horizons racinaires, la structure du sol est corrigée. Combinant une sagesse traditionnelle à la méthode du compost, l’agroécologie a reverdi des paysages désolés et dénudés.

– Apprenant à préparer de la fumure organique et des biopesticides, les agricultrices de Dosso, à Niamey, province au sud-est de Niger, ont mis en valeur des jardins potagers. L’ONG Swissaid les dota en ovins et chèvres rousses qui s’alimentent des graines d’oseille du potager et fournissent du fumier en retour. L’agroécologie a fait du jardin un facteur d’autonomisation des femmes qui s’estiment fières de gagner leur propre argent et de combler les déficits saisonniers du ménage.

– À Djoga, petit village de Niger, le maraîchage biologique s’étend sur des sites de 28 ha et dégage 300 tonnes de produits par an. L’écart des prix par rapport aux légumes conventionnels s’élève à 20%.

– Contre l’insecte foreur Chilo sacchariphagus qui attaque les vergers de canne à sucre réunionnais, l’équipe du Cirad mit au point en 2015 une solution prometteuse : la plante Erianthus arundinaceus. La femelle du foreur est prise au piège, confondant Erianthus avec l’hôte naturelle ; les larves échouent à accomplir leur cycle et périssent dans la tige. La technique, alternative à la lutte chimique, divise par 9 l’occurrence des dégâts et augmente le tonnage de la canne de 22%.

Enquête auprès d’une maraîchère malgache :  » Mes légumes se vendent à meilleur prix et sont plus riches en goûts »

John Mah’rav’