Comprendre les enjeux de l'agriculture
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La contractualisation pluriannuelle avec les pays sud-méditerranéens est un outil diplomatico-commercial stratégique. Il serait un moyen sûr de lutter contre la volatilité des prix, d’assurer des débouchés stables aux agriculteurs français et un approvisionnement régulier aux pays du Maghreb. La contractualisation serait, enfin, un outil de relance d’une union euro-méditerranéenne moribonde. Telles sont les conclusions que développent deux chercheurs – l’un français, Sébastien Abis, et le second marocain, Mohammed Sadiki – dans leur essai Agriculture et Climat, du blé par tous les temps. Encore faudrait-il que la volonté politique soit au rendez-vous.

WillAgri

Le bassin méditerranéen est la première région importatrice mondiale de blé. La proximité géographique de la France et les relations historiques qui la lient avec les pays de la rive sud de la Méditerranée sont des atouts pour sécuriser les transactions commerciales de céréales de l’Hexagone. Pour ses voisins sud-méditerranéens, la France  est une source d’approvisionnement sûre et régulière.

Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS

Demeure un épineux problème : comment s’affranchir du fonctionnement imprévisible des marchés ? La contractualisation pluriannuelle entre des exportateurs et des importateurs de deux pays, privés ou publics, serait une solution prometteuse. Elle est suggérée par Sébastien Abis, chercheur à l’Iris et Mohammed Sadiki, secrétaire général du ministère de l’Agriculture et de la Pêche du Maroc, dans un essai rédigé en commun, intitulé « Agriculture et climat, du blé par tous les temps ».

Des débouchés stables et approvisionnement régulier

De part et d’autre des deux rives de la Méditerranée, les défis agricoles et alimentaires à relever sont complémentaires. Les pays maghrébins sont confrontés à une forte variabilité de la production de céréales tandis que la consommation croît continuellement. En effet, la population reste fortement consommatrice  de pain.

En Europe, et en France particulier, le problème récurrent de ces dernières années demeure le prix des céréales payé aux agriculteurs. Il ne couvre pas les coûts de production. En revanche, la régularité de la production française est fortement appréciée par les marchés mondiaux alors que les autres grands pays exportateurs de blé sont victimes d’accidents climatiques violents, générant d’importantes baisses de production. Les deux dernières campagnes céréalières sont, à plusieurs égards, exceptionnelles.

Mais, ne rémunérant pas suffisamment les producteurs français, le marché pourrait les dissuader de prendre part au défi planétaire à relever, d’ici 2050, à savoir : produire 270 millions de tonnes de blé en plus par an pour subvenir aux besoins croissants et réguliers en blé de la population mondiale.

Dans ce contexte, les pays maghrébins comptent sur la France pour approvisionner leur marché intérieur. « Et une contractualisation pluriannuelle offrirait alors la garantie d’un débouché à celui qui exporte et une origine à celui qui importe, sur une base tarifaire mutuellement prévisible favorisant la régularité respective des revenus ou des dépenses en dépit d’éventuels accidents climatiques », écrivent les deux auteurs de l’essai cité plus haut.

L’idée serait de fixer, sur une durée de trois à cinq ans, une quantité fixe de blé à exporter, à un tarif unique quelle que soit la volatilité des cours sur la période.

Les obstacles ne sont pas techniques mais politiques

Les contrats passés pourraient même comprendre des clauses pour prévoir davantage d’achats auprès de l’exportateur à des conditions avantageuses par rapport au prix en vigueur sur le marché, les années de moins bonnes récoltes.

Mohamed Sadiki, Secrétaire général du ministère de l’Agriculture marocain

« La France aurait intérêt à explorer l’utilité d’un tel outil diplomatico-commercial. Et le Maroc serait bien avisé

de se pencher également sur la question  pour éviter de sérieux coups de chaud au thermomètre de sa facture alimentaire ou des inquiétudes répétées face à l’exposition aux approvisionnements extérieurs», défendent Sébastien Abis, chercheur à l’Iris et Mohammed Sadiki.

Cette contractualisation constituerait un rempart contre les accidents climatiques face auxquels aucun pays n’est à l’abri et serait un dispositif approprié pour garantir la sécurité alimentaire des pays importateurs. Enfin, elle serait un facteur de stabilité sociale et de paix.

« La difficulté technique des contrats pluriannuels semble moins contraignante que le manque de volonté politique », assurent Sébastien Abis et Mohammed Sadiki. Dans un tel cas de figure, l’agriculture jouerait alors un rôle majeur, comme l’a fait la PAC dans la construction de l’Union européenne, pour relancer une union euro-méditerranéenne en manque de souffle.

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