Comprendre les enjeux de l'agriculture
Print Friendly, PDF & Email

Selon Agrex Consulting qui procède tous les ans, pour le compte de FranceAgriMer, à une analyse de la compétitivité des filières de lait de vache, à l’échelle internationale, la production mondiale suit un rythme de croissance plutôt stable, de l’ordre de 2 % par an. Elle a atteint 691 millions de tonnes en 2018 contre 676 millions de tonnes en 2017 (+2,2 %).

Les Etats-Unis arrivent en tête avec 97,7 millions de tonnes suivis de l’Inde (76 millions de tonnes), du Brésil (35,5 millions de tonnes), de l’Allemagne (32,7 millions de tonnes) et de la Chine (30,7 millions de tonnes. Quant à la  compétitivité, l’objet de l’étude, elle, est mesurée grâce à une série de 40 indicateurs répartis en sept axes : données macroéconomiques, maîtrise des facteurs naturels et durabilité des ressources, potentiel de production laitière, capacité d’organisation des filières, maîtrise technologique de la fabrication des produits, portefeuille des débouchés et capacité des opérateurs à conquérir des marchés. L’analyse de chaque axe permet d’identifier les forces et faiblesses de treize  pays que l’étude a identifiés comme les plus compétitifs sur la planète, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande et huit  pays de l’Union européenne : l’Allemagne, le Danemark,  la France, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne et le Royaume-Uni.
Sur l’ensemble des sept axes la France occupe la première place du podium devant les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande. Mais tous les pays répertoriés présentent un ou plusieurs avantages comparatifs.

Avantages comparatifs

Ainsi sur le premier axe macro-économique, c’est dire l’environnement économique et agroalimentaire  de la filière, l’Argentine prend la première place. Elle profite de la dévaluation de sa monnaie qui dope ses exportations. Derrière, la filière laitière néozélandaise bénéficie de  la forte emprise de l’industrie agroalimentaire sur l’économie agricole qui irradie à l’ensemble des filières agricoles. On trouve ensuite le Brésil qui tire profit de la faiblesse de ses coûts de production, notamment de la main-d’œuvre  ainsi que de celle de sa monnaie à l’exportation.
Sur le deuxième axe, la durabilité des ressources, c’est l’Irlande qui arrive en tête. Le pays bénéficie de conditions naturelles favorables (précipitations abondantes et régulières) ainsi qu’une bonne protection sanitaire de son troupeau. D’une façon générale, l’environnement libéral qui prévaut depuis la fin des quotas laitiers a favorisé la modernisation des élevages et l’investissement dans les entreprises. Comme l’Irlande, le Danemark qui pointe à la deuxième place est soumis à des précipitations abondantes, mais il est pénalisé par la montée en puissance des préoccupations environnementales qui freinent le développement de son élevage.
Sur l’axe trois, c’est-à-dire le potentiel de production, on retrouve à la première place  l’Irlande qui a enregistré une forte croissance de sa production (+32,2 % en quatre ans), suivie des Pay-Bas dont les producteurs sont les plus compétitifs : ils ont la marge alimentaire la plus élevée des pays enquêtés. En troisième position pointe le Brésil qui présente l’avantage d’avoir des coûts de production faibles et des pâturages extensifs et abondants. Cependant la filière se situe en queue de peloton sur la qualité du lait, avec des taux de matière grasse et de matière protéiques modestes.
Concernant l’axe quatre, la capacité d’organisation de la filière, la Nouvelle-Zélande domine nettement grâce à sa coopérative Fonterra, la deuxième entreprise mondiale qui assure 80 % de la collecte nationale. Si bien que les produits laitiers représentent plus de 40 % des exportations agro-alimentaires du pays. La France est également bien placée sur cet axe grâce à une forte présence à l’étranger de ses trois fleurons, Lactalis, Sodiaal et Eurial positionnés par les 20 premiers collecteurs mondiaux. Les Pays-Bas le sont également. Leurs exportations de produits laitiers représentent 10,5 % des exportations agroalimentaires du pays, avec un leader incontesté Friesland qui contrôle près de 75 % de la collecte du pays.
Sur le cinquième axe, la maîtrise technique, l’Italie se positionne en tête. Selon l’étude, la diversité de ses fabrications lui confère un avantage compétitif déterminant sur les marchés export, notamment pour ses fromages (mozzarella, parmigiano reggiano et le grana parano). La France arrive en deuxième position grâce aussi à la variété de ses fabrications.
Le sixième axe, à savoir  le portefeuille des marchés, est marqué par la domination de la Nouvelle-Zélande en vertu de sa capacité à se positionner sur les marchés export. Le pays tire profit d’une bonne diversité de clients (66 destinations) et d’une forte présence sur les marchés émergents, notamment la Chine. Arrivent derrière les Pays-Bas qui peuvent compter aussi sur une grande diversité de la clientèle, une forte capacité logistique et commerciale et aussi, comme la Nouvelle-Zélande, un développement sur les marchés porteurs.
Enfin sur le septième axe qui note la capacité à conquérir les marchés, la France tire son épingle du jeu. Elle bénéficie, comme les autres pays de l’Union européenne, de la signature de plusieurs traités de libre-échange qui devrait renforcer ses débouchés au Canada et au Japon par exemple. Elle peut également compter sur la forte diversité des implantations industrielles de ses leaders à l’étranger (Lactalis surtout) sur les marchés porteurs. Idem pour la Nouvelle-Zélande qui s’assure des débouchés supplémentaires sur les pays d’Asie-Pacifique avec lesquels elle a signé un accord de libre-échange. Comme les Pays-Bas qui se développent aussi sur les marchés dynamiques tels que le Nigéria sur le créneau de la poudre infantile.

La France, un leader fragile

Au final,  la France reste un producteur de lait de premier plan et possède de nombreux atouts :  elle a retrouvé en 2018 la première place qu’elle avait perdue l’année précédente au profit des Pays-Bas.  Parmi ses points forts clairement identifiés figurent une production et une demande de produits laitiers très diversifiés et de qualité, une excellente image de marque, un niveau de recherche reconnu à l’international, une bon environnement sanitaire, un large panel de clients sur le marché mondial et des entreprises industrielles bien implantées à l’étranger, notamment sur des marchés porteurs.
Cependant, notent les auteurs, ces avantages comparatifs sont de moins en moins décisifs dans un contexte international plus compétitif. Comme en témoigne,  par exemple, la dégradation du commerce extérieur des produits laitiers en 2018, à la suite d’un ralentissement des exportations. Autres motifs d’inquiétude : la tendance à la baisse de la production et des coûts de production élevés (main d’œuvre surtout) qui pèsent sur les marges des éleveurs et donc sur les perspectives de croissance.
Les Pays-Bas qui étaient arrivés en tête en 2017 rétrogradent à la deuxième place. En effet, l’année 2018 a été marquée par une  baisse de la production pour la deuxième fois consécutive depuis 2016. Le pays est de plus en plus confronté à la montée en puissance des enjeux environnementaux, notamment sur la gestion des effluents d’élevage et l’apport d’engrais sur les parcelles qui freinent la production. Néanmoins les Pays-Bas continuent de progresser sur les marchés porteurs à l’export et sont reconnus pour la qualité de leur recherche.
La Nouvelle-Zélande qui arrive en troisième position est de plus en plus soumise, comme les Pays-Bas, à des pressions sociétales et environnementales croissantes. Mais le pays bénéficie de conditions climatiques très favorables et d’une forte concentration de la production et de la transformation. Et il reste toujours  très compétitif sur les marchés export, notamment les poudres grasses sur ses destinations habituelles asiatiques.`
Même si elle n’est pas sur le podium, l’Irlande confirme sa montée en puissance d’année en année et  se positionne à la quatrième place. Avec une production en croissance continue elle  s’affirme comme l’opérateur européen à surveiller, selon les auteurs de l’étude. Le pays bénéficie de conditions de productions privilégiées et  d’un environnement économique favorable qui facilite l’investissement.

L’Argentine et le Brésil à la traine

Bien que premier producteur mondial, les Etats-Unis n’arrivent qu’à la 9ème place dans le classement. La collecte laitière  a été handicapée par une succession de sécheresses dans les zones d’élevage. Il s’en est suivi une baisse de production et des fabrications  et donc des difficultés pour les entreprises aggravées par la guerre commerciale avec la Chine. Néanmoins l’année 2018 s’est soldée par une croissance des exportations de beurre et de poudre de lait écrémé, notamment vers les voisins mexicains et canadiens, ainsi que sur les marchés du sud-est asiatique.
En Australie qui pointe à la 11ème place, le réchauffement climatique menace l’économie laitière. En raison des sécheresses successives, la filière doit faire face à de nombreux défis climatiques et environnementaux qui pèsent sur la compétitivité de sa production et de son industrie.
Quant à l’Argentine qui a signé un rebond spectaculaire de sa production de lait en 2018, la filière souffre des difficultés économiques que connait le pays et de la faiblesse de ses infrastructures.
Enfin le Brésil, malgré ses avantages comparatifs sur les coûts de production, devrait engager d’importants investissements dans les infrastructures et la production et la transformation pour développer une filière structurée, recommandent les auteurs de l’étude.