Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Les agriculteurs devront acquérir de nouveaux matériels – une gamme de machines adaptées aux techniques simplifiées du travail du sol – s’ils convertissent leurs pratiques agricoles à l’agro-écologie. Ils souscr #iront des emprunts pour financer une partie de leurs investissements. Pour connaître leurs besoins, le groupe Banque Populaire- Caisse d’épargne s’est livré, en France, à un vaste travail d’enquêtes.

Selon une étude (*) du groupe BPCE (Banque populaire et Caisse d’Epargne), 61 % des agriculteurs français ont opté pour une agriculture de conversion des sols ou pour l’agroforesterie.

« L’agro-écologie est aujourd’hui bien installée et devrait progresser rapidement, analyse le groupe bancaire. 30 % des agriculteurs interrogés envisagent de réaliser au moins un investissement en lien avec l’agro-écologie au cours des deux prochaines années ».

La conversion partielle ou totale à l’agro-écologie n’est donc pas seulement un défi écologique à relever mais aussi un défi économique. A projets comparables, elle implique davantage d’investissements qu’en agriculture conventionnelle (2,8 acquisitions contre 2,2 en moyenne).

Les investissements nécessaires sont même trop importants, selon les agriculteurs qui ne sont pas actuellement engagés dans l’agro-écologie (un quart des sondés). Certains d’entre eux n’ont même pas les capacités financières suffisantes pour souscrire de nouveaux emprunts et pour les rembourser alors qu’ils sont prêts à revoir leurs pratiques culturales.

Une enquête réalisée par l’institut de sondages BVA pour le groupe BCPE profile quatre catégories d’agriculteurs inscrits ou pas dans une démarche agro-écologique. L’âge, la situation économique des exploitations et bien sûr, la propension des agriculteurs sensibilisés par les questions de biodiversité et de sauvegarde de l’environnement, sont les trois principaux critères discriminants.

Quatre portefeuilles de clients avec des besoins spécifiques

Pour le groupe bancaire, ces quatre  catégories d’agriculteurs constituent quatre portefeuilles de clients distincts avec des besoins spécifiques pour financer leurs investissements dans les prochaines années.

©FThomas-Icosysteme

Parmi ces quatre catégories, les « militants » représentent 11 % des agriculteurs. Ils sont plus jeunes que les membres des trois autres catégories définies par les résultats de l’enquête. «Majoritairement convertis au bio (54 %) et à la pointe sur plusieurs pratiques agroenvironnementales, ils envisagent de s’engager davantage dans l’agro-écologie », commente le groupe BCPE. Dans ce groupe, près de quatre agriculteurs sur cinq prévoient au moins un investissement en lien avec l’agro-écologie dans les prochains mois. Mais comme ils sont jeunes et souvent trop endettés pour s’installer, auront-ils tous les moyens de financer leurs projets ?

Leurs ainés, les « stratégiques » (2ème catégorie) ont déjà pris le virage de l’agro-écologie depuis de nombreuses années.  Représentant 35 % de l’échantillon, ils vont « utiliser l’agro-écologie comme un levier de compétitivité pour leur exploitation. Mais « seuls 23 % d’entre eux projettent un investissent en lien avec l’agro-écologie », analyse le groupe BPCE.

A l’opposé, l’agro-écologie n’est pas la priorité des « réfractaires ». Cette troisième catégorie de sondés regroupe des agriculteurs majoritairement âgés de plus de 55 ans. Ils sont moins nombreux à porter un projet d’investissement (59 % contre 90 % pour les « militants ») et en l’occurrence, en lien avec l’agro-écologie. Pour la plupart d’entre eux, leur situation économique ne le permet pas.

Enfin, les « volontaires » (4ème catégorie) rassemblent les agriculteurs qui vont prendre le virage de l’agro-écologie (20 % des sondés) dans un proche avenir. Les deux tiers d’entre eux ont des projets concrets (pratiques de conservation des sols, production sous label ou d’énergie). Ils sont 85 % à envisager un investissement dans les prochains mois et même 45 % des acquisitions en lien avec l’agro-écologie.
Les « militants » et « les volontaires » sont les deux catégories d’agriculteurs à fort potentiel pour les banques.

Les « militants », agro-écologistes intégristes

Parmi les quatre catégories identifiées par le groupe BPCE, celle des « militants » regroupe des agriculteurs convertis à l’agro-écologie à la tête d’exploitations agricoles compétitives. Ce ne sont pas des néo-ruraux, paysans qui ont adopté des modes de production « alternatifs » dans des systèmes agricoles en marge de l’économie de marché… et par conséquent du système bancaire. Pour les banques, ces paysans ne font pas partie des agriculteurs « à fort potentiel » puisqu’ils n’ont pas l’intention de recourir à l’emprunt pour financer leurs projets.
Ces néoruraux constituent une cinquième catégorie d’agriculteurs à part entière. Celle-ci n’est pas identifiée dans l’étude réalisée par l’institut BVA.
Ces paysans sont parfois qualifiés d’« agro-écologistes intégristes ». Leur conversion à l’agro-écologie, et à fortiori à l’agriculture biologique, est une des facettes du projet de société alternatif auquel ils adhèrent, entre autres fondé sur le communautarisme et la décroissance économique.

Frédéric Hénin

 (*) Enquête téléphonique (CATI) réalisée par BVA entre le 30 janvier et le 26 février 2019 auprès d’un échantillon de 1381 chefs d’exploitation en France métropolitaine – en hors pêche – en moyennes et grandes exploitations. Surreprésentation des agriculteurs convertis en bio (268 sur 1381).