Comprendre les enjeux de l’agriculture
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L’étude de la Commission européenne intitulée « EU Agriculture outlook, for markets and income, 2018-2030 » portant sur les prévisions de production et de marché de l’agriculture européenne  de 2018 à 2030 dresse un panorama, par filière, de l’agriculture européenne à l’horizon de 2030.

Les Etats membres nord-européens voient leurs ambitions freinées par une réglementation européenne très restrictive. Les céréaliers n’ont, notamment, pas accès aux OGM. Les grains de productivité seront nuls à l’ouest et n’excèderont pas 0,7 % par an à l’est de l’Union européenne.

La filière « bovin viande » est menacée par les accords commerciaux de libre échange entre l’Union européenne et le continent américain. La filière ovine se redresse mais elle reste déficitaire ; elle ne satisfera pas la croissance de la consommation européenne de viande d’ici 2030. Quant à la filière laitière européenne, elle sera moins concurrencée par la Nouvelle Zélande et les Etats-Unis.

L’Union européenne ne profitera que partiellement de l’essor des échanges mondiaux des produits agricoles tirés par les importations de pays émergents en pleine croissance économique et par une pression démographique galopante.

Dans ce contexte, le revenu agricole par actif resterait stable en termes réels mais les inégalités entre les pays membres de l’ouest et l’est de l’Union européenne perdureront. 

Nous allons passer en revue quelques filières: céréales, lait, viandes bovine, ovine, avicole et porcine.

L’étude porte sur l’Union européenne à vingt-huit membres car la Grande Bretagne n’est pas encore sortie de l’Union européenne.

Pas de croissance significative des revenus des céréaliers européens

D’ici 2030, la production européenne de céréales atteindra 325 millions de tonnes (Mt). Les productions de blé, d’orges et de maïs sont estimées à 283 Mt en 2030 alors qu’elles n’avaient pas dépassé les 258 Mt en 2018. La production de blé croitra de 30 Mt environ par an et celle de maïs de 20 Mt par an. Les quantités d’orge produites n’excèderont pas 61,7 Mt (+ 5Mt en douze ans) tandis que les autres céréales secondaires déclineront. La culture de blé croîtra aux dépens des céréales secondaires cultivées en Europe centrale en particulier (seigle, avoine).

La croissance de la production européenne de céréales sera stimulée par un marché mondial porteur. Toutefois, les prix des céréales n’atteindront pas les niveaux des années 2011-2012. Seuls des événements géopolitiques ou un accident climatique à l’échelle d’un continent pourraient faire flamber les cours mondiaux.

La Commission européenne table sur un prix de la tonne de céréales compris entre de 168 € et 180 € (pour un euro à 1,25 $).  Dans cette fourchette, le blé sera plus cher que l’orge et surtout que le maïs, actuellement pénalisé par des stocks importants. La hausse des coûts de production (énergie, engrais) et des gains de productivité très faibles n’augurent pas d’une hausse majeure des marges brutes des céréaliers.

D’ici 2030, les rendements en blé ne croîtront plus à l’ouest de l’Union européenne et ils progresseront de 0,7% par an dans les 13 pays européens qui ont rejoint l’UE en 2004. Or, dans le même temps, la production de blé par hectare augmentera de 1 % par an en Ukraine et de 1,2% par an dans le reste du monde. Toutefois, les niveaux de rendement de départ pris en référence sont plus faibles.

L’Union exportera ses surplus de blé essentiellement vers les pays tiers mais elle restera importatrice nette de maïs.  Toutefois, en vendant plus de grains qu’elle n’en achète, l’Union européenne resterait excédentaire en volume de 25 Mt par an.

Vive concurrence céréalière des pays riverains de la Mer noire

Compte tenu de ses prix compétitifs, la part de l’UE dans les exportations mondiales de blé augmentera de nouveau, passant de 14 % en 2016-2018 à environ 17% en 2030.

L’Allemagne et la France seront les moteurs de cet essor commercial car la consommation de grains, bruts ou transformés, destinés à l’alimentation animale stagnera. Les filières animales ne seront plus des moteurs de croissance de la demande de céréales fourragères. Mais le maïs, en partie importé d’Ukraine par les fabricants d’aliments, sera toujours préféré au blé européen. Or à l’export, ce dernier sera fortement concurrencé par les céréales originaires des pays de la Mer Noire.

Toutefois, la culture de blé bio, en plein essor, progressera aux dépens du blé  conventionnel. Moins productive, la culture bio exigera davantage de terres pour une production conventionnelle équivalente.

La croissance des marchés méditerranéen, africain et moyen-oriental sera une opportunité pour l’Union européenne. Cependant, la concurrence de la région de la mer Noire restera vive, mais la vigueur de  la demande mondiale la rendra plus supportable que par le passé. Cependant les facteurs géopolitiques joueront une rôle croissant dans les échanges, rendant les prévisions plus incertaines.

Les États-Unis, l’Australie et le Canada devraient voir leurs exportations stagner. Dans le même temps,  les exportations de la Russie, de l’Ukraine et du Kazakhstan continueraient à progresser grâce à d’importants investissements dans la production et la logistique.

La part de la Russie dans les exportations mondiales augmentera encore, passant d’environ 20% en 2018 à 23% en 2030. Elle aura les moyens d’exporter jusqu’à 50 millions de tonnes de blé par an.L’Argentine devrait également accroître sa production et gagner des parts de marché.

Les prévisions de la Commission européenne n’anticipent pas un essor des biocarburants durant les douze prochaines années. Seules 14 Mt de céréales seraient transformées en éthanol. Sa production représenterait alors moins de 5 % de la consommation de céréales.

En revanche, la Commission européenne prévoit une hausse notamment de la production d’amidon et de biomatériaux de construction à partir de céréales. Surtout si les prix des commodités agricoles sont compétitifs par rapport à ceux du pétrole.

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