Comprendre les enjeux de l’agriculture
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L’UE distancera l’Océanie et les Etats-Unis en matière de production laitière

Sur les 40 millions de tonnes (Mt) de lait produites par an dans le monde, d’ici 2030, 16 Mt seront indiennes (40 %) et 15 Mt seront européennes (38 %).

La consommation européenne de lait stagnant, 15 Mt excédentaires seront essentiellement destinées l’exportation. En revanche, les 25 Mt de lait supplémentaires à l’échelle mondiale (40 Mt – 15 Mt), dont les 16 Mt indiennes, approvisionneront les marchés intérieurs des pays producteurs.

En 2030, l’Union européenne (UE) collectera 181 Mt de lait contre 164 Mt en 2018. Le marché mondial des produits laitiers ne sera pas chamboulé d’ici 2030. Il reposera sur les mêmes acteurs. Mais l’UE aura davantage de moyens pour répondre aux demandes des pays importateurs que ses concurrents.  Elle couvrira jusqu’à 35 % des besoins supplémentaires des pays importateurs.
Ni la Nouvelle-Zélande, ni les Etats-Unis, ne seront en mesure de rivaliser, comme par le passé, avec l’UE. Ces deux pays ne produiront que 1,1 million de tonnes de lait supplémentaire par an.

La consommation européenne de lait baissant, les quantités excédentaires produites par les éleveurs européens seront transformées en poudres, en fromages et en beurre destinés à l’exportation. Or d’ici 2030, la Russie importera encore massivement des produits laitiers en provenance de pays tiers.

La France est en bonne position pour saisir les opportunités qu’offrira l’expansion du marché mondial des produits laitiers. Elle dispose de suffisamment de réserves foncières pour cultiver plus de fourrages et pour nourrir plus d’animaux producteurs de lait.

A contrario, les contraintes foncières handicapent l’essor des filières laitières dans les pays du nord de l’Europe et en Nouvelle Zélande. Les réglementations environnementales pèsent sur leurs coûts de production et les réserves de productivité sont faibles. Mais la conjoncture économique leur sera favorable.

La production européenne de viande bovine victime des accords de libre échange

En 2030, le troupeau européen de vaches allaitantes comptera 11,6 millions de têtes alors que 12,2 millions d’animaux étaient recensés l’an passé.

Les ventes d’animaux vifs devraient atteindre 200 000 t par an (-17 % par rapport à 2018) et celles de viande, 227 000 tonnes équivalent carcasse (téc) (- 10 % par rapport à 2018).

Les effectifs de vaches allaitantes et de vaches laitières diminueront encore (- 1 million de têtes au cours des douze prochaines années), la production européenne de viande bovine sera davantage déficitaire au cours des douze prochaines années.

Moins de veaux naîtront et donc moins de jeunes bovins seront élevés et abattus. Par ailleurs, les normes environnementales et de bien-être animal renchérissent les coûts de production et limiteront les capacités d’extension des élevages.

La filière européenne bovine fera les frais des accords commerciaux entre l’Union européenne et le reste du monde, le continent américain en particulier.

Les quantités de viande importées en Union européenne, en provenance des pays tiers, croîtront au rythme des contingents tarifaires (volumes de marchandises faiblement taxés ou non taxés) accordés par l’Union européenne aux pays tiers exportateurs, comme le prévoient déjà les accords de libre échange conclus entre les Vingt-huit Etats membres et le continent américain. D’ici 2030, elles devraient atteindre 350 000 téc par an (+ 15 % par rapport à 2018).

L’expansion mondiale du marché de la viande bovine ne profitera pas à l’Union européenne. Le taux de change de l’euro, la forte concurrence sud-américaine et la baisse de la demande turque (pays en crise, lire dévaluée) pèseront, durant quelques années, sur les exportations européennes de bovins vifs ou de carcasses.

A contrario, l’expansion mondiale du marché de la viande bénéficiera essentiellement aux continents sud-américain et océanien. Le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Australie fourniront l’essentiel de la croissance mondiale de l’offre.

La compétitivité de l’élevage brésilien sera soutenue par un real dévalué, par des coûts de production peu élevés et par un meilleur accès aux principaux pays importateurs.

En Argentine, la faiblesse du peso, combinée à une politique d’exportation déréguléz, incitent les producteurs de bovins à accroître les effectifs de leurs troupeaux pour exporter plus de viande bon marché.

En Océanie, l’Australie reconstitue son cheptel de vaches allaitantes. La production de jeunes bovins est donc appelée à croître contribuant à la croissance de l’abattage et des exportations

Mais au cours des prochaines années, la production étasunienne de viande bovine approvisionnera en priorité le marché intérieur.

Filière ovine plus productive mais encore plus déficitaire

La production de viande de mouton augmentera légèrement au cours des douze prochaines années. Le cheptel européen atteindra 105 millions de têtes d’ici 2030, soit 6,5 millions de plus qu’en 2018.

Bien que la hausse de la consommation porte sur de faibles quantités (+160 gr par consommateur et par an – elle atteindra alors 1 ,9 kg par an), l’augmentation de la production européenne de viande ovine sera insuffisante pour la couvrir.  Ni l’effectif d’animaux supplémentaires, ni les gains de productivité ne seront suffisants pour faire face à l’embellie attendue pour cette viande.

D’ici 2030, l’Union européenne importerait 220 000 t de viande ovine (+25% par rapport à 2018) essentiellement d’Australie. La production supplémentaire de viande ovine dans les Vingt-huit pays membres approvisionnera le marché intérieur. Les producteurs ovins européens exporteront moins d’animaux vifs (25 000 t en 2030, -38% par rapport à 2018) ou de viande au cours des douze prochaines années car la concurrence mondiale ne leur sera pas favorable.

Absence d’ambition européenne pour les viandes blanches

23.6 millions de tonnes (Mt) de viande porcine seront produites en 2030, soit 0,4 Mt de moins qu’en 2018. La balance commerciale resterait néanmoins excédentaire en volume de 2,6 Mt.

La réglementation environnementale pèsera sur l’organisation de la filière porcine. Le Danemark produira encore plus de porcelets et la Pologne accroîtra ses capacités d’engraissement en se dotant de nouveaux bâtiments d’élevage flambant neufs. Malgré les gains de productivité significatifs, la production de porcs diminuerait de 0,2 % par an.

15.5 Mt de viande de volaille seraient produites par an, soit 0,6 Mt qu’en 2018. La balance commerciale resterait cependant excédentaire en volume de 920 000 tonnes, en progression de 100 000 tonnes.

Pas de hausse en perspective du revenu agricole d’ici 2030 en Europe

En 2030, les agriculteurs seront livrés à eux-mêmes  face aux lois du marché, alors que les autres grands pays exportateurs renforcent leur interventionnisme.

Les prévisions économiques de la Commissions européenne n’anticipent aucune réforme en profondeur de l’organisation commune des marchés qui protégerait les agriculteurs européens de la volatilité des marchés agricoles mondiaux.

Dans ce contexte, le revenu par actif resterait stable en terme réel. Par ailleurs, la hausse attendue du chiffre d’affaires de la ferme européenne serait à peine suffisante pour compenser celle des coûts de production. Ces derniers augmenteraient d’environ 2% par an d’ici 2030 tirés par les prix de l’énergie et par conséquent par ceux des engrais et des carburants.

La valeur ajoutée inégalement répartie

La valeur de la production agricole de la « ferme Union européenne » augmentera d’ici 2030, en volume et surtout en valeur, par rapport aux années 2016-2018.

Le mix-produit à plus forte valeur ajoutée contribuera essentiellement à la hausse du chiffre d’affaires européen. La filière laitière a déjà entamé cette mutation vers la production de produits laitiers à forte valeur ajoutée.

Mais la clé de la répartition de la valeur ajoutée produite en plus entre les acteurs des filières n’est pas encore connue. L’augmentation des revenus des producteurs n’est pas une priorité pour Bruxelles.

Par ailleurs, seule une partie de l’agriculture des treize pays d’Europe centrale, qui ont rejoint l’Union européenne en 2004, sera réellement intégrée dans l’économie de marché. D’ici 2030, le taux prévisionnel de croissance annuelle de la production des pays d’Europe centrla    de 2,7 % ne suffira pas pour compenser les écarts de richesses produites entre l’ouest et à l’est du continent.

La valeur de la production agricole de ces treize pays européens restera cinq fois inférieure à celle des quinze pays occidentaux.

Fortes distorsions entre exploitations converties à l’agriculture biologique

La conversion d’une partie des exploitations agricoles européenne à l’agriculture biologique crée de nouvelles distorsions en termes de coûts de production entre les vingt-huit pays européens. En France et en Allemagne, les charges par hectare dans les exploitations  bio sont en moyenne supérieures à celles des exploitations conventionnelles. Mais en Autriche et en Pologne, produire bio coûte moins cher qu’en agriculture conventionnelle. En Pologne, le coût de production bio est inférieur de 500 € par hectare par rapport aux pays d’Europe ocidentale.

L’interaction de plusieurs facteurs explique ces écarts. Tout d’abord, le coût de la main-d’œuvre est plus élevé en France qu’en Allemagne et bien sûr qu’en Pologne. C’est un facteur déterminant. Les charges d’exploitation d’un hectare agricole bio s’élèvent en moyenne, en France à 2 100 €, contre 1 800 € en Allemagne et 700 € en Pologne.

Toutefois, l’avènement des robots et le développement de l’agriculture de précision, en réduisant le nombre de salariés,  rendront l’agriculture biologique plus compétitive dans les pays où le coût de la main d’œuvre est élevé.

Pour en savoir plus : https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/food-farming-fisheries/farming/documents/medium-term-outlook-2018-report_en.pdf

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