Comprendre les enjeux de l'agriculture
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La permaculture est un retour aux fondamentaux de l’agriculture. Cette discipline rassemble l’ensemble des pratiques culturales destinées à renforcer naturellement la fertilité des sols. La permaculture est la technique de conservation du sol la plus aboutie. Elle est praticable dans toutes les régions du globe. Frédéric Hénin a rencontré Stéphane Jézéquel, un des meilleurs spécialistes de cette discipline.

« Afin de restaurer la fertilité des sols, les surfaces sont constamment couvertes de végétaux pour produire des cultures fourragères ou commerciales mais aussi, le maximum de biomasse destinée à être restituée au sol » explique Stéphane Jézéquel, ingénieur régional d’Arvalis consulté pour Willagri. Mais les interventions culturales sont limitées au strict minimum, par un travail superficiel du sol, pour ne pas perturber l’activité microbiologique des sols.

 

 

La permaculture est compatible avec l’utilisation des engrais

Les agriculteurs convertis à la permaculture ont une large panoplie d’outils et de savoirs faire à leur disposition pour rendre leurs sols plus fertiles. La permaculture est écologique mais ne relève pas systématiquement des pratiques agricoles de l’agriculture biologique. Cette discipline n’interdit pas l’emploi d’engrais ni de produits phytosanitaires. Le glyphosate fait partie des produits employés pour rendre les sols propres et cultivables puisque le labour est proscrit. Dans le bassin méditerranéen, l’irrigation est un recours précieux pour que le sol soit couvert toute l’année de végétaux, même en période sèche.

Tout doit en effet être entrepris pour produire le maximum de biomasse et accélérer l’activité microbienne et zoologique du sol. C’est pourquoi l’emploi d’OGM (sur le continent américain notamment) n’est pas non plus proscrit.

Conserver la matière organique dans le sol

L’épandage de matières organiques régénérera les sols mais le pâturage des terres doit être limité dans le temps. Le piétinement répété par les animaux va à l’encontre d’un des objectifs recherchés, celui de rendre le sol plus meuble . Il faut conserver la matière organique pour le sol.

« Un sol couvert n’est plus sensible à l’érosion et l’évaporation est très limitée », défend Stéphane Jézéquel. « En maintenant les végétaux sur place, poursuit-il, et en les laissant se décomposer, le sol s’ameublit, le taux de matière organique augmente et la fertilité du sol s’en trouve améliorée, notamment en sols fragiles ».

Aussi, la permaculture est-ele efficace pour lutter contre le recul de l’agriculture et l’avancée du désert dans les régions subtropicales. Dans le bassin méditerranéen, les sols sont particulièrement vulnérables à l’érosion. La brutalité des précipitations sur des terres sèches après des mois de forte chaleur, l’absence de couvert végétal pendant de longues périodes de sécheresse et le vent altèrent les sols. Des techniques de travail du sol très agressives sur des sols dégradés accélèrent leur déstructuration et les rendent incultes.

La période de transition est délicate

La conversion d’agriculteurs à la permaculture en groupe est un facteur de réussite car cette discipline repose sur l’observation et les échanges d’expériences.

La première règle à adopter est la mise en place et l’entretien d’une couverture permanente des sols en s’appuyant sur les systèmes de production traditionnels et sur les assolements en vigueur localement.

Cette couverture permanente s’accompagne inévitablement d’une diversification des cultures toute l’année avec l’introduction de légumineuses, parfois en intercultures.

L’agriculteur en cours de conversion doit employer tous les moyens nécessaires pour y parvenir. La priorité est de renforcer au plus vite l’activité biologique du sol (action des vers et des microorganismes) pour ameublir et compenser les interventions mécaniques qui pourraient justement perturber cette activité.

« Aussi, la conversion à la permaculture est une phase risquée car les pertes de rendements sont fréquentes les premières années » défend Stéphane Jézéquel. En effet, « l’agriculteur doit produire tout en adoptant au mieux les techniques de permaculture sans voir ses efforts récompensés avant quelques années, le temps que le sol réponde ». En conséquence, sa priorité est d’avoir un sol propre pour effectuer des semis en limitant au strict minimum le nombre d’interventions culturales.

Agriculture bio et permaculture

En optant par choix pour la permaculture, les agriculteurs bio rendent la gestion de leur modèle de production très complexe. L’emploi de substances chimiques est interdit et le nombre d’interventions dans les sols est réduit ce qui rend la gestion des adventices particulièrement difficile pour conserver un sol propre.

Pour en savoir plus : www.rcm.org