Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Les nouvelles technologies numériques s’invitent dans tous les secteurs, y compris dans celui de l’agriculture, cruciale pour l’économie marocaine. Le ministère de l’Agriculture va prochainement lancer une étude préalable au projet de transformation digitale de son agriculture. Cette étude déterminera les axes de la stratégie en faveur d’une agriculture 4.0. Le Maroc s’est déjà doté de quelques outils qui lui donnent une visibilité sur le paysage agricole et les rendements à venir mais il sait qu’il doit transformer l’écosystème agricole pour sécuriser l’approvisionnement, garantir une vie décente aux populations rurales et préserver les ressources naturelles.

Pour mener son ambitieuse transition agricole, le Royaume doit impliquer l’ensemble des acteurs qui participent à la filière agricole : les administrations centrales, les services déconcentrés,  l’Office Régional de Mise en Valeur Agricole (ORMVA), les Établissements sous tutelle du département de l’Agriculture, les exploitations agricoles et l’ensemble des intervenants de la chaîne de valeur.

Armé de nouveaux outils, le Royaume pourra améliorer la gestion de son agriculture :

  • Planification des campagnes ;
  • Optimisation de l’usage des intrants et des ressources ;
  • Productivité des exploitations ;
  • Maîtrise de la qualité des denrées ;
  • Rentabilité de la filière.

Selon Mohamed Seddiki, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, la digitalisation est un levier de compétitivité à tous les niveaux de la chaîne de valeur agroalimentaire. Son ministère a alloué un budget de plus de 4,5 millions de dirhams à cette étude. Elle doit établir les attentes à moyen et long terme puis un plan opérationnel :

  • Programmes & sous-programmes ;
  • Projets et mesures prioritaires ;
  • Fondements technologiques ;
  • Gouvernance : acteurs et organisation ;
  • Calendrier de réalisation ;
  • Estimation des coûts.

Vers une agriculture intelligente

Digitaliser l’agriculture permet au Maroc de rester dans la course à l’échelle mondiale et de pérenniser ce secteur essentiel au développement social et économique du pays.

Pour les agriculteurs, l’opportunité digitale se traduit par une transition de la production traditionnelle vers une agriculture compétitive et résiliente.

Des outils intelligents et de précision comme les drones ou les satellites donnent une meilleure visibilité sur les cultures :

  • Paramètres biophysiques pour les cultures ;
  • Paramètres physiologiques pour les élevages
  • Position des engins ;
  • Sondes et capteurs ;
  • Étables connectées ;
  • Ruches intelligentes ;
  • Aide à la décision.

Vers une productivité améliorée

L’ensemble de ces technologies et data produisent un flux enrichissant pour la pratique agricole, en optimisant le risque, l’exploitation et la consommation de ressources. Selon les projections de la FAO, la productivité pourrait bondir de 70% d’ici 2050 si elle est soutenue par le digital.

L’enjeu de cette modernisation tient aussi dans la capacité de la filière agroalimentaire à garantir la sécurité alimentaire et la préservation de la biodiversité.

Le département de l’Agriculture a créé une Direction des systèmes d’information qui héberge plusieurs systèmes d’information dédiés à l’agriculture et à son optimisation :

Système de recensement général de l’agriculture

Destiné à actualiser les données économiques et sociales du programme quinquennal des enquêtes périodiques, le système de Recensement Général de l’Agriculture permet la collecte de données fiables sur les structures agricoles. Ces données traduisent les tendances du secteur par rapport à la stratégie sectorielle Plan Maroc Vert :

  • Poids des investissements ;
  • Effort d’organisation de la profession agricole ;
  • Intérêt des programmes de partenariats publics-privés ;
  • Organisation du flux d’information.

Système des aides et des bonifications agricoles (SABA)

Ce système consiste en un progiciel web pour faciliter le traitement des demandes, calculer les niveaux de subventions. L’outil édite aussi un reporting de suivi sur la gestion des requêtes et la liquidation des subventions. Cette traçabilité doit participer à la volonté de transparence affichée par la gouvernance.

Système national de suivi de la campagne agricole et de prédiction agrométéorologique des récoltes céréalières (CGMS-Maroc).

Localisée dans des zones semi-arides, la production nationale de céréales s’expose aux risques climatiques. Les prévisions de récoltes sont une composante essentielle.

Le système national de suivi de la campagne agricole et de prédiction agrométéorologique des récoltes céréalières, appelé Crop Growth Monitoring System (CGMS-MAROC) surveille le développement des cultures à partir des indicateurs climatiques et de sol.

Lancé dans le cadre du projet E-AGRI, l’outil est le fruit d’une collaboration technologique entre différentes institutions de recherche internationales, il est piloté par un consortium composé  :

  • De l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) ;
  • De la Direction de la Météorologie Nationale (DMN) ;
  • De la Direction de la Stratégie et des Statistiques (DSS).

Ce système dispose de trois niveaux  : collecte des données météorologiques , simulation de croissance des cultures, prédiction des récoltes à partir d’une combinaison des données météorologiques et des simulations.

La stratégie Génération Green

Lancé en 2020, le projet Génération Green 2020-2030 assure la promotion et le soutien du monde agricole en tant que levier de l’emploi. Le projet est de prioriser l’humain par l’amélioration des conditions de vie et de pérenniser la filière. Pour les experts, cette volonté de dynamisation du secteur doit attirer plus d’investisseurs et permettre d’accélérer la recherche et l’innovation agritech 4.0.

Génération Green vise l’adaptation des productions agricoles aux pratiques innovantes, aux technologies et aux nouvelles tendances de la consommation.

Grâce à la hausse attendue des niveaux d’investissement dans le secteur, 30 à 50 nouvelles variétés de semences devraient être ajoutées au catalogue officiel.

Les administrations et organismes chargés du projet seront au côté des agriculteurs pour assurer la traçabilité des actions de transition, prodiguer les conseils en termes de culture et de commercialisation, introduire le paiement mobile et développer l’assurance agricole.

Source : Le Matin