Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Selon les Nations-Unies, le nombre de personnes n’ayant pas accès à une alimentation suffisante représente presque un tiers de la population mondiale. La situation empire: en 2020 la dégradation est équivalente celle des cinq dernières années cumulées.

L’ONG Oxfam avance même que la faim menace de mort 11 personnes par minute, contre 6 auparavant. La faim est difficilement quantifiable, les organisations opposent les denrées disponibles aux besoins physiologiques pour évaluer une situation de famine. Et à méthode égale, la situation se dégrade rapidement.

La population dite dénutrie, c’est-à-dire qui ne consomme pas assez de calories pour se développer normalement, approche le milliard. Ce chifre, celui du nombre de victimes de famine chronique, reste stable depuis les années 1900, preuve, s’il en est, que l’écosystème agroalimentaire a réussi l’exploit de faire face à une démographie explosive, au prix d’une dégradation de l’environnement  (déforestation, pollution…).

La problématique est plutôt géographique. Si les continents européen, américain ou asiatique s’en sortent bien, l’Afrique et l’Inde restent défavorisés du fait d’une faible productivité pour la première et de l’explosion démographique pour la deuxième.

Sur les 50 dernières années, l’outil agroalimentaire africain (infrastructure, formation, mécanisation, crédit, intrants…) n’a pas donné les résultats escomptés alors que les sols ont été dégradés.

Une nouvelle révolution agricole est à mener mais elle requiert des moyens et une profonde restructuration :

  • Couverture sans labour ;
  • Cultures mélangées ;
  • Rotations espacées ;
  • Agroforesterie ;
  • Usage des plantes de service ou d’animaux auxiliaires de culture…

Un plan ambitieux soumis à un changement climatique plus rude en Afrique où même ceux qui accèdent à la nourriture, ont une alimentation déséquilibrée sous forme de mono régime (riz, maïs, manioc) ou trop riche (graisses, sucre). Dans les deux cas, le risque morbide existe, comme l’a démontré le Covid.

La menace des 3C : conflit, climat, Covid.

Les 850 millions de dénutris doivent aussi faire face à d’autres menaces : les conflits, le climat défavorable et la fragilité sanitaire face à la circulation du Covid. C’est sous cet angle que la situation a le plus dégénéré.

Les conflits déplacent des populations qui abandonnent leurs outils de production alimentaires, comme en Afghanistan, RDC, Syrie, Sud Soudan, Sahel…

Le réchauffement climatique provoque des épisodes exceptionnels sous les tropiques où l’agriculture est déjà fragile (sécheresses, cyclones, inondations, incendies…). La préoccupation exprimée par les États lors des grandes rencontres ne connaît pas de traduction concrète et la question de la pandémie a pris le leadership.

Cette pandémie, traitée par de la dette socio-économique dans nos pays industrialisés, frappe pleinement les pays pauvres dont les populations subissent la chute des revenus tirés de l’informel combinée à une hausse du prix des denrées. Ces inégalités sociales, exacerbées par des systèmes économiques sans amortisseur ou ascenseur social, risquent de se pérenniser.

Résoudre la famine n’est pas qu’une question de production alimentaire, elle frappe des pays producteurs exportateurs, c’est aussi une question politique, celle de la gestion des ressources et des infrastructures pour que la nourriture arrive jusqu’au village le plus isolé, un challenge pour de nombreux pays africains confrontés à l’absence de voies praticables ou sécurisées et gangrenés par la corruption.

Les organisations caritatives rappellent que lorsqu’il n’y a pas d’État, la population est plus fréquemment en situation de famine. La situation actuelle tend à rendre moins généreux les États tradionnellement contributeurs.

Source : Futura Science