Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Une interview d’Henri Bies-Péré( 1) par Michel Michel Bourdoncle

Vous lirez ci-dessous une Interview d’Henri Bies-Péré, nouveau président d’Agriculteurs français et développement international (AFDI), une branche de la FNSEA, particulièrement active en Afrique. L’AFDI consacre l’essentiel de ses efforts à la formation des agriculteurs africains. Nous pensons, en effet, que les petits fermiers africains détiennent la clé du développement du contonen.
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L’essentiel est la formation des hommes

Pourquoi la Fnsea et les grandes organisations agricoles (Jeunes Agriculteurs, chambres d’Agriculture, coopératives, Crédit agricole, Mutualité agricole) s’intéressent-elles à l’Afrique ?

Henri Bies-Péré : La FNSEA est déjà membre d’un certain nombre d’organisations agricoles internationales comme l’Organisation mondiale des agriculteurs (OMA) qui a pris la suite de la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA), avec laquelle elle entretient des relations suivies. Aussi notre souci a toujours été de soutenir ces organisations à se structurer, d’aider les agriculteurs à se former, de les accompagner dans l’exercice de leurs responsabilités et de les faire bénéficier de notre expérience. C’est l’un des principaux objectifs de l’AFDI. Ce n’est ni par charité, ni pour des intérêts économiques que nous intervenons mais avec l’idée que les producteurs agricoles du monde entier doivent mieux se connaître et mieux se comprendre, qu’ils aient conscience de leurs intérêts communs et puissent  peser sur les décisions qui les concernent. Je pense notamment aux négociations internationales de l’OMC dans lesquelles les organisations agricoles et  l’AFDI ont défendu et défendent toujours une vision commune de l’agriculture, à l’instar du G20 présidé par Nicolas Sarkozy en 201O. Lors de cet évènement, à l’initiative de la FNSEA et de l’AFDI, il a été créé le G120,  une structure regroupant 120 organisations agricoles qui a débouché sur l’adoption d’un Manifeste commun sur l’agriculture, toujours d’actualité.

Quel bilan tirez-vous de l’action de l’AFDI dans les pays où vous intervenez ?

HBP : Depuis plus de 40 ans, ainsi que je l’indiquais précédemment, notre souci a été de former les agriculteurs et de les aider à se structurer dans des organisations professionnelles, à l’image de ce qui a été fait en France. Ainsi dans  les pays où nous intervenons, nous avons été à l’origine de la création d’organisations locales qui se sont ensuite fédérées en une organisation nationale. Les organisations nationales se sont elles même réunies en une organisation interrégionale en Afrique de l’Ouest, le Réseau des organisations professionnelles et des producteurs des pays d’Afrique de l’Ouest (ROPPA), comme dans l’Union européenne avec le Comité des organisations professionnelles agricoles (COPA).

L’objectif étant toujours d’aider les agriculteurs locaux à devenir des interlocuteurs incontournables des gouvernements pour coconstruire des lois qui les concernent dans le domaine agricole,

le foncier, l’organisation économique et le financement de l’agriculture par exemple. Je dois reconnaître qu’il existe aujourd’hui des leaders paysans africains reconnus par leurs gouvernements pour leur expertise. Un travail de fond et de longue haleine a été réalisé pendant de nombreuses années.   Il porte désormais ses fruits, alors qu’il n’y avait rien, il y a 40 ans. J’insiste là-dessus : notre objectif n’est pas de réunir des capitaux, mais de renforcer les organisations paysannes et la formation des responsables.

Travaillez- vous avec des organisations internationales, FAO, Banque mondiale et autres ONG ?

HBP : Bien entendu ainsi qu’avec des organisations agricoles belges et néerlandaises, entre autres, qui partagent notre point de vue. Pour l’essentiel, nous répondons à des appels d’offre de l’Agence française pour le développement, de l’Union européenne ou de la FAO. Notre souci a toujours été de leur faire prendre conscience de l’importance de la formation des hommes dans les actions de développement pour qu’ils puissent piloter leur propre projet, plutôt que d’importer des installations et des usines clefs en main. Ce qui n’est pas toujours facile.

En matière de financement, de quelles ressources bénéficiez vous ?

HBP : Nos ressources proviennent des cotisations de nos membres, c’est-à-dire la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, la coopération, le crédit et la mutualité agricoles.  Nous bénéficions des contributions de nos AFDI régionales ainsi que du concours de l’Agence française de développement, de l’Union européenne notamment pour les projets pour lesquels nous sommes retenus.

Au final nous fonctionnons sur un budget de 6 millions d’euros avec une équipe de 25 salariés dont 11 à l’international  et un réseau de 6000 bénévoles.

Nous intervenons  essentiellement en Afrique de l’Ouest, surtout dans les pays francophones, et à  Madagascar. Nous avons également quelques programmes au Cambodge, au Viet-Nam, en Haïti et en Colombie.

En tant que nouveau président, quelles sont vos priorités ?

HBP : Il m’appartient d’abord de maintenir le rythme actuel et d’accompagner le développement de nos interventions dans les différents pays où nous sommes implantés. Cela dit, je ne cache pas les difficultés qui m’attendent. En effet, les financements pour les projets dans lesquels nous sommes impliqués ne portent que sur une durée de 3 à 4 ans alors que les actions de formation que nous engageons s’inscrivent dans la durée. Ce qui génère une certaine fragilité et nous empêche d’avoir une vision stable et générale sur le long terme. En outre, je souhaite aussi renforcer la mobilisation des organisations professionnelles agricoles car elles peuvent faire plus et mieux pour mettre leurs compétences au service des pays partenaires et en tout premier lieu dans le syndicalisme et les coopératives.

Au sujet de l’avenir de l’Afrique, il y a les afro-optimistes et les afro-pessimistes. Quelle vision avez-vous du devenir de son agriculture ?

HBP : Actuellement, l’Afrique enregistre  un ralentissement de sa croissance qui succède à une phase d’activité économique plus soutenue. Quelle que soit l’évolution économique qui connaît des hauts et des bas, il importe d’accompagner les responsables agricoles et les décideurs politiques à leur rythme, en créant les conditions d’un développement optimum de l’agriculture de leur pays.  Et cela pour nourrir la population. Je veux dire par là, que l’essentiel est d’éviter que les prix agricoles ne s’effondrent à la production. Pour cela il est impératif  de mettre en place des règles spécifiques d’organisation des marchés, comme a pu le faire l’Union européenne en son temps. Notamment une protection aux frontières. C’est la seule condition pour que les agriculteurs retrouvent confiance, recommencent à investir et que l’agriculture s’inscrive dans une pente ascendante. J’espère que l’AFDI pourra contribuer à cette prise de conscience.

Propos recueillis par Michel Bourdoncle

CV d’Henri Bies-Péré

Âgé de 55 ans, Henri Bies-Péré est agriculteur en Gaec avec un autre associé dans les Pyrénées-Atlantiques . Il y possède  une exploitation d’élevage laitier et de production de maïs. Son exploitation compte une centaine d’hectares dont 65 hectares de maïs, 25 hectares d’herbe et 50 vaches laitières. Deuxième vice-président de la FNSEA, il est également président du groupe de presse Réussir, administrateur du groupe coopératif Euralis et, depuis quelques mois, président  de l’AFDI.

 

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