Comprendre les enjeux de l’agriculture
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Vous lirez ci-dessous un article très original de Pierre Jacquemot sur une plante aquatique, le typha, invasive, nuisible à la production agricole et source de parasites. Une ONG française, le GRET, a lancé, en 2011 sur le fleuve Sénégal, une opération de transformation du typha en briquettes de charbon qui épargne les forêts – moins de déforestation pour fabriquer du charbon de bois – et, surtout, réduit les émissions de C02. Une tonne de charbon de typha émet moins de 7 tonnes de CO2 qu’une tonne de charbon de bois. Comme l’écrit l’auteur : un bien pour un mal !

 WillAgri

Les matériaux alternatifs au charbon bois, dont on connaît les effets destructeurs sur l’environnement du fait de la coupe des arbres et des arbustes, les plus courants sont la gazéification de la biomasse et la fabrication de briquettes de charbon à partir de déchets végétaux.

Une autre option connaît un certain engouement au Sahel. Elle repose sur la transformation du Typha australis (massette ou quenouille), une plante aquatique, similaire au roseau, qui pousse en colonne dense et qui se révèle rapidement envahissante et nuisible. Telle est la situation observée sur les rives du fleuve Sénégal et le lac de Guiers dans le haut delta après que fut achevée la construction du barrage anti-sel de Diama en 1986, à 27 km de son embouchure. Le remplacement des alternances eau douce -eau saumâtre par une eau douce en permanence a engendré la prolifération de cette plante dramatiquement invasive. Recouvrant désormais plus de 130 km en amont de l’embouchure du fleuve côté mauritanien, le typha est aussi un véritable frein à l’activité économique de la région. En entrant dans les canaux, le Typha réduit les zones de production agricole, empêche la pousse d’autres plantes et favorise la stagnation des plants d’eau et le retour de moustiques et de parasites. Il réduit l’oxygène des eaux et menace la pêche fluviale. Un véritable fléau que l’on tente désormais de mettre à profit via sa transformation en source d’énergie. Un mal pour un bien !

Économies de CO2

Les projets lancés en 2011 par le GRET, une organisation française de solidarité internationale, en Mauritanie sur le Fleuve Sénégal visent un double objectif : limiter l’envahissement de cette plante et en faire une ressource énergétique locale afin de réduire la production de charbon de bois issu de forêts non gérées de la région. L’avantage est écologique. Si toute production et toute consommation de charbon émettent du carbone dans l’atmosphère, le CO2 émis par le charbon de Typha est quant à lui recapté par le Typha qui repousse très vite, à la différence du charbon de bois car, issu de la déforestation, ses émissions de gaz ne sont pas réassimilées par la repousse de forêts. Une tonne de charbon de Typha permet ainsi d’économiser 7 tonnes de CO2, par rapport à du charbon de bois.

L’ingénierie de la coupe et de la transformation est désormais maîtrisée grâce aux recherches de l’Institut supérieur d’études technologiques (ISET) de Rosso et du parc du Diawling en Mauritanie. Le prix des briquettes est, comparativement au charbon de bois, avantageux. L’adaptation aux pratiques de cuisson est acquise à la suite de nombreux tests.

Le retrait du typha permet un retour de la biodiversité sur les rives du fleuve, et l’ouverture de nouveaux espaces de pêche et la collecte d’autres plantes aquatiques sont des effets collatéraux. Les usines artisanales de traitement et de transformation du typha en combustible dynamisent quant à elles l’activité économique de la région et apportent un revenu complémentaire à plus de 500 personnes dont 85% de femmes.

Les projets s’étendent à présent à la rive sénégalaise. Au Sénégal, l’utilisation massive de bois et de charbon de bois comme source d’énergie occasionne  la coupe de 2,5 millions d’arbres chaque année. A eux seuls, les ménages consomment 350.000 T de charbon de bois par an, aggravant la pression sur les ressources forestières et la dégradation de la couverture végétale. L’impact du charbon de typha peut être significatif. Outre le développement de ce bio-charbon, le Typha peut également être mis à profit pour augmenter l’efficacité énergétique des bâtiments. Le Centre International de la construction en terre (CRAterre), basé à Grenoble, met au point des matériaux de construction utilisant la terre crue et une fibre végétale issue du Typha. Telle est la démarche adoptée au Sénégal. Son gouvernement a choisi promouvoir cette ressource abondante comme matériel d’isolation.