Ces startups qui préparent une révolution agricole !

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  • 04 Déc 2017
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Jean-Marie Séronie1

 

 

Le dossier de Jean-Marie Séronie – un des meilleurs spécialistes français de l’agriculture numérique et auteur du livre Vers un bjg bang agricole – est probablement une des rares analyses que l’on puisse lire sur l’éclosion et la vigueur des startups de l’agriculture numérique en France. Elles révolutionnent en profondeur, et en silence, nos pratiques agricoles et ouvrent la voie à une nouvelle économie politique de l’agriculture. Jean-Marie Séronie a, en outre, interrogé les startups les plus représentatives. Seize – dont deux sont en fait des sociétés de financement – ont répondu à ses questions. L’auteur en a tiré seize profils, sous forme de seize fiches, qui permettront au lecteur d’avoir une vision plus concrète des acteurs du big bang agricole.

WillAgri

Le numérique est une véritable révolution en marche dans tous les secteurs de l’économie et de notre vie quotidienne. En agriculture cela pourrait conduire dans les années qui viennent à des transformations aussi importantes que celles provoquées par l’arrivée massive des tracteurs dans nos campagnes au lendemain de la guerre.

Ces mutations ne sont, bien sûr, pas instantanées et prendront quelques années pour se généraliser. Elles se font pourtant à un rythme très rapide que nous n’avions encore jamais connu. C’est en grand partie, en agriculture comme ailleurs, le fait des start-ups. On attribue généralement à ces entreprises nouvellement créées de grandes vertus de créativité, d’innovation et surtout d’agilité, de réactivité notamment quand on les compare aux grandes entreprises ou aux organisations professionnelles.

Elles bousculent l’ordre économique établi sur plusieurs plans. Fonctionnant en mode agile, elles privilégient l’expérience utilisateur, l’expérimentation, le prototypage… plutôt que des études d’opportunité, de faisabilité, de marché, …les prévisionnels n’ont pas beaucoup de sens à leurs yeux… elles préfèrent ce que certains appellent le mode design au fonctionnement traditionnel. Souvent les équipes sont mobiles, avec beaucoup de travailleurs indépendants, de contributeurs plutôt que des salariés. Les dirigeants sont visionnaires dans leur domaine, ils demeurent en général très ouverts et très à l’écoute de leur environnement ce qui est également une façon de nourrir et d’enrichir leur projet. Ils fonctionnent énormément en réseau, virtuels évidemment, mais aussi réel

« IRL » – In the real Life – selon ce nouvel acronyme né des réseaux sociaux.

Une fraîcheur bienvenue

En matière agricole, elles apportent une fraicheur nouvelle car elles ne sont pas enfermées dans les freins, les tabous, la préservation de l’ordre établi qui sclérosent la plupart des organisations et entreprises agricoles. Les créateurs de ces start-ups « agricoles » ont dans la plupart des cas un parcours professionnel totalement extérieur à l’agriculture. Ils ont souvent une première expé- rience dans les hautes technologies ou dans la communication. Mais quand on les connaît un peu mieux on se rend vite compte qu’un au moins des associés à un rapport personnel assez intime avec l’agriculture, souvent d’ordre familial.

Financièrement ces start-ups fonctionnent également sur un modèle particulier. Faiblement capitalisées elles ont en général peu d’actifs et privilégient l’usage à la propriété. Pendant leur phase de montée en puissance elles investissent beaucoup en communication et en développement. Elles privilégient la croissance, le positionnement sur le marché aux bénéfices financiers à court terme. Dès qu’elles peuvent montrer que leur idée est devenue une réalité diffusable et utilisable, la fameuse POC dont parlent les startupers, comprendre « proof of concept », elles procèdent régulièrement à des levées de fonds. Des fonds spécialisés dans les startups agricoles sont en train de se créer, soit directement comme (Voir Startupfarmer, Fiche 12) soit par création d’un fonds dédié au sein d’une structure financière plus importante (Voir Emertec, Fiche 13). Leurs performances se mesurent davantage par leur développement que par la marge dégagée et les salaires sont payés avec les capitaux collectés. En ce sens elles présentent de grandes fragilités dès que la dynamique s’essouffle ou que les regards se détournent. Pour autant certains succès sont foudroyants dès lors que l’offre proposée est facile d’accès, que les bénéfices sont rapides et très visibles. Ce développement est d’autant plus rapide que l’offre fait face à une demande non satisfaite et que les dirigeants de l’entreprise savent astucieusement attirer la lumière des projecteurs.

Entre partenariat et disruption

Ces start-ups sont donc source d’un dynamisme nouveau et font bouger pas mal de lignes. Elles sont très fascinantes, innovent dans de la création de valeur pour les agriculteurs. Ce faisant elles sont potentiellement anxiogènes pour l’écosystème agricole traditionnel. Elles peuvent provoquer des réflexes protectionnistes. D’ailleurs nombre de ces start-ups manœuvrent très habilement leur embarcation légère au milieu des paquebots agricoles en allant à leur rencontre sur un mode partenarial. Elles évitent soigneusement les chocs frontaux préférant passer du temps dans les cénacles agricoles proclamant haut et fort la complémentarité de leurs offres (aussi disruptives soient-elles à moyen terme) par rapport à celles existantes. Signe de temps nouveaux, un des plus hauts responsables syndicaux agricole français a pu s’exclamer « pour faire avancer l’agriculture numérique je fais davantage confiance aux start-up qu’à nos organisations agricoles ! » sans pro- voquer de tollé dans la salle.

En France l’écosystème des startups est dynamique autour de ce qu’on appelle les « FinTech » (domaine financier) les « Ag Tech » (production agricole) et les « FoodTech » (Alimentation).

Une part importante des nouvelles offres s’articulent autour de plateformes. Elles mettent en relation des univers différents pour réaliser des affaires de manière bilatérale ou multilatérale. Les places de marché sur lesquelles s’échangent des produits et des services côtoient des plateformes collaboratives sur lesquelles s’échangent des informations et se construisent des connaissances, parmi celles-ci bien sûr on trouve les réseaux sociaux.

Le monde des plateformes

En matière agricole nous commençons à voir apparaître et nous verrons sans doute rapidement se développer des plateformes mettant en relation les agriculteurs avec leurs fournisseurs de produits ou de services (à ne pas confondre avec les intra ou extranet de ces organisations). D’autres leur permettront de commercialiser leurs produits que ce soit directement aux consommateurs mais aussi aux entreprises de transformation ou de commerce international (Voir Le comparateur agricole, Fiche 16 page 17). D’autres encore permettront aux agriculteurs de communiquer entre eux pour échanger des biens ou des services. La plateforme (WeFarmUp Fiche 4 page 5) permet de proposer du matériel (tracteurs, machines …) au moment où on ne s’en sert pas. L’offreur comme le preneur rationnalisent ainsi la gestion de leur parc matériel. Pour échanger la culture de parcelles éloignées de son siège d’exploitation contre d’autres plus proches, Echanges parcelles (Fiche 5 page 6) permet des échanges à deux, voir tournants à trois agriculteurs afin de rationaliser le parcellaire.

On peut également partager et monétiser des conseils, des informations ou des compétences. Ainsi AGRIFIND (Fiche 1 page 2) permet, que l’on soit agriculteur ou conseiller, de proposer ses compétences. Un site comme FARMLEAP (Fiche 2 page 3) permet d’animer des groupes d’échanges et de partager des résultats et des expériences , de mettre en commun de manière sécurisée ses performances pour les comparer. Piloter sa Ferme (PSF, Fiche 3 page 4) est une plateforme qui propose un robot de conseil permettant d’automatiser de manière rationnelle et personnalisée ses ventes.

Enfin d’autres plateformes permettent d’établir des liens entre des épargnants et des exploitants agricoles pour financer les entreprises agricoles. C’est le financement par la foule, « le crowfunding ». Cela peut se faire par des dons en échange d’une contrepartie en nature comme Miimosa (Fiche 14 page 15) ou de manière plus classique par des prêts (Agrilend, Fiche 15 page 16). On entrevoit rapidement le potentiel d’évolution de ces nouvelles façons de faire par rapport aux organisations établies.

Les données, futur graal de la performance ?

La performance des exploitations sera à l’évidence améliorée par une nouvelle gestion des don- nées. De nouveaux outils de pilotage permettront l’agriculture mesurée et l’agriculture de précision (la bonne intervention, à la bonne dose, au bon endroit ou sur le bon animal, au moment optimal). Cela permet de faire des économies et de réduire l’empreinte environnementale. On sait en effet aujourd’hui traiter beaucoup plus rapidement des quantités de données de plus en plus importantes et surtout de mélanger des données de plus en plus variées. C’est toute la promesse du Big data. Les startups sont très actives en la matière. Certaines développent des capteurs permettant de mettre en données la nature, le réel. Cela peut être des sondes dans les sols comme Weenat (Fiche 6 page 7), des captures d’images de végétaux ou dans les bâtiments agricoles comme Copeek (Fiche 7 page 8), de l’enregistrement des mouvements des machines agricoles dans les parcelles (Karnott, Fiche 8 page 9).

D’autres permettent ensuite de stocker, d’agréger et de mettre à disposition de manière simple toutes ces données et provenant de sources diverses. C’est par exemple le cas de 365Farmnet (Fiche 9 page 10). A partir de ces données disponibles, les offres de valorisation en tableau de pilotage, conseils seront de plus en plus nombreuses comme Agroptimize (Fiche 11 page 12) ou Perfarmer (Fiche 10).

Nous sommes, donc, devant une transformation profonde et sans doute rapide du monde agricole. La vitalité et la créativité des startups en font assurément des acteurs importants et centraux de ce qui sera peut-être demain considéré comme un véritable big bang agricole. Il sera certainement créateur de richesses par la symbiose entre l’augmentation de la productivité agricole, la transition écologique et la transition numérique. Il va bien donc bien au-delà d’une nouvelle ère technolo- gique.

NB Cet article s’inspire très directement de l’essai « Vers un Big Bang agricole, la révolution numérique et l’agriculture » JM Séronie Editions France Agricole Sept 2016.

1 Jean-Marie Séronie

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