Comprendre les enjeux de l’agriculture
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Jean-Marie Séronie1

 

 

La blockchain est une sorte de registre contenant toutes les opérations d’une filière économique. Les données sont indélébiles et indestructibles et peuvent même être enregistrées automatiquement. Cette technique introduit sécurité, fluidité et transparence dans les transactions. Le dossier qui suit décrit comment la blockchain pourrait révolutionner les pratiques de tous les maillons de la chaîne de valeur agricole. La révolution a commencé…

Quand vous arrivez au rayon volailles de certains magasins Carrefour du centre de la France vous vivez une expérience nouvelle. Grâce à votre téléphone portable vous saurez tout du poulet label rouge qui est devant vous dans le  rayon : où et quand le poussin est né, d’où vient l’œuf, ce que le poulet a mangé, où il a été élevé, quand il a été abattu. Mieux encore vous écouterez  et verrez, en deux clics  sur l’écran de votre portable, le producteur qui a élevé ce poulet (et pas un autre) vous présenter lui-même son élevage et vous faire partager sa passion.

Pour cela bien sûr vous lirez le QR code inscrit sur l’étiquette de la barquette de poulet. Mais surtout il y a en arrière fonds une nouvelle technologie qui permet de rassembler en temps réel toutes ces informations. La  blockchain on en parle beaucoup sans souvent savoir exactement  ce que c’est ni à quoi elle sert ! A l’inverse, d’ailleurs, on utilise de nombreux outils très intuitifs sans avoir la moindre idée des technologies qu’ils mobilisent, c’est un des charmes paradoxaux du numérique.

La « blockchain » – littéralement « chaine de blocs » – est comparable à un registre où les enregistrements (les blocs) seraient notés avec une encre indélébile sur un cahier indestructible. Ce registre existerait en un grand nombre d’exemplaires conservés simultanément chez une multitude de dépositaires. Les utilisateurs pourraient librement consulter et rajouter des lignes dans le registre mais ne pourraient jamais toucher aux lignes existantes et tout serait mis à jour en permanence de manière synchrone. En ce sens  la blockchain est une sorte de registre virtuel géant, inaltérable, partagé et réputé infalsifiable.

Fonctionnant sans organe centralisateur, elle constituerait en plus le point de départ de ce qu’on commence à appeler l’internet « distribué ». (cf encadré)

 

1/ Une blockchain comment ça marche ?

Chaque transaction (en fait on entend par là toute opération comme un enregistrement de données, un paiement, un contrat..) est introduite par un des utilisateurs dans un « bloc ». Par exemple si je veux régler une somme à un fournisseur, appelons-le Pierre, nous inscrivons cette somme sur un bloc numérique  qui est ensuite crypté et horodaté avec la signature cryptée de son auteur. Dès lors qu’un nombre suffisant de participants à la blockchain attestent cette transaction (c’est la notion de consensus distribué vérifié par un algorithme) le bloc est alors accolé au bloc précédent de la chaine de manière chronologique, puis rapidement suivi du bloc suivant qui s’accroche à lui- en terme technique cela s’appelle le « hachage » !- La preuve numérique étant ainsi constituée, je peux alors faire le règlement financier à Pierre. Les blocs deviennent ensuite indissociables et constituent la fameuse chaîne. Un bloc inséré dans la chaine devient alors public (consultable par tous), infalsifiable (grâce à la cryptographie) et en quelque sorte indélébile (un bloc inséré dans une chaine devient techniquement absolument inviolable vu le nombre astronomique de combinaisons possibles qu’il faudrait dénouer pour y parvenir). La blockchain n’étant pas hébergée sur un site particulier mais présente sur de multiples ordinateurs interconnectés, mis à jour simultanément en temps réel, chez un très grand nombre d’utilisateurs, la sécurité du système est totale et de plus quasiment gratuite en apparence. Par la technologie blockchain les données sont donc complètement sécurisées mais en même temps accessibles de manière ouverte à tous les utilisateurs.

Suivre son litre de lait à la trace

Au rayon produits laitiers des Super U de Vendée vous vivrez une expérience équivalente. Au milieu de la véritable marée blanche de bouteilles de lait marquetées « éthiques », locales, rémunérant mieux le producteur, respectant le bien-être animal comme « C’est Qui Le Patron » ou « Cœur de Normandie », la brique « Juste et Vendéen » se singularise en certifiant et prouvant sa promesse. Le consommateur, grâce encore à un QR Code, peut connaître précisément l’origine et les caractéristiques du produit (durée de pâturage, alimentation …). Le promoteur de ce produit, la FDSEA de la Vendée, utilise pour cela une blockchain publique et fait de cette maîtrise directe par le syndicat de producteurs un argument commercial !

Dans ces deux exemples de traçabilité et presque de certification produit, la confiance réside dans la transparence permise par la blockchain. On perçoit cependant rapidement une limite de cette technologie qui garantit les données une fois qu’elle sont intégrées dans le système mais ne peut certifier la véracité de s informations avant leur saisie dans la chaine. Par exemple, si l’éleveur laitier, le volailler, l’accouveur, le fabriquant d’aliment, l’abatteur ou le distributeur de nos exemples enregistrent de fausses informations la sécurité anti-fraude n’est pas garantie. C’est pourquoi la logique de la blockchain est de supprimer au maximum les interventions humaines tout au long de la chaine, d’automatiser les saisies et les transferts de données notamment grâce à l’internet des objets. La garantie des consommateurs rejoint alors la simplification pour les producteurs.

Par exemple une société française APPLIFARM travaille actuellement à une mesure exacte et automatique du pâturage en localisant et suivant les animaux grâce à leur boucle RFID. Cela permettra de certifier automatiquement le temps de pâturage pour le consommateur. Cela permettra en même temps un pilotage plus fin du troupeau en analysant le comportement individuel de chaque animal.

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