Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Conclusion : vers un nouveau Big Bang agricole ?

Economie de marché et économie de réseau. Sera-il désormais possible de parler d’agriculture sans évoquer le numérique ? Oui. Mais pour combien de temps encore. Comme ce fut souvent le cas , la numérisation de pans entiers de l’économie ou de la vie sociale a pris la forme d’une révolution tranquille. La révolution est constatée quand elle est déjà là.

L’alimentation, l’approvisionnement en énergie et le développement durable sont trois des grands enjeux du 21ème siècle. Pourrons-nous produire plus en consommant moins, moins d’intrants, moins d’eau, moins de terres arables ? Oui, si nous acceptons de remettre en cause nos certitudes, si nous acceptons que le numérique bouleverse toute la chaîne de valeur de la production à la consommation. En un mot comme en cent, il est temps de nous demander si nous ne sommes pas en train de passer d’une économie de marché à une économie de réseaux, une économie dans laquelle le savoir-faire produit le savoir.

Une économie économe en intrants et intensive en connaissances.
Pour être durable, l’agriculture devra répondre à trois objectifs : être, économiquement viable, socialement supportable et acceptable pour l’environnement. Rien ne doit être écarté pour atteindre cet objectif. Le numérique est une opportunité pour y parvenir par sa capacité à agréger et mettre en œuvre des connaissances, à créer partout de la transparence. L’agriculture de demain sera économe en intrants et intensive en connaissances.

C’est ce qu’avaient déjà compris les promoteurs de l’agriculture de précision. Si l’agriculture de précision ne bouleverse pas les modèles existants, elle en atténue largement les impacts négatifs. Sans rejeter l’utilisation d’intrants, elle permet d’utiliser la dose strictement nécessaire d’engrais, de produits phytopharmaceutiques au bon endroit et au bon moment limitant alors considérablement les impacts sur l’environnement. L’espoir des promoteurs de ces technologies est d’aboutir à un système d’aide à la décision efficace à grande échelle, comme aux échelles locales, et permettre d’optimiser les rendements et les investissements tout en préservant les ressources naturelles, financières et énergétiques. Cependant, les plateformes, la blockchain et le big data feront bientôt apparaître l’agriculture de précision comme un ensemble techniques, certes utile, mais déjà dépassé. L’agriculture ne sera plus de précision, elle sera intelligente. Point.

Le big data et les plateformes en tous genres, collaboratives, participatives, scientifiques, d’assistance… créent des modèles insoupçonnables dans tous les domaines. Ils vont encore plus loin. Ils deviennent préventifs et prédictifs. Ils vont réconcilier agriculture et intelligence, en un mot réduire la part de fatalité de l’homme face à la nature. L’agriculture produira moins de gaz à effets de serre et sera moins tributaire des pestes tandis que le climat deviendra plus prévisible, donc moins nuisible. Ne parle-t-on déjà d’une agriculture qui détruirait par ses propres moyens ses effets néfastes sur le climat ?

S’il est un continent où le numérique va permettre des avancées voire des modélisations innovantes en matière de développement agricole durable, c’est bien l’Afrique. Il n’est pas envisageable d’y reproduire le modèle agricole occidental. L’opportunité en réalité consiste à penser un modèle nouveau. Les techniques à mettre en place devront être conçues avec les populations locales, certaines techniques agricoles traditionnelles sont louables et à préserver. Drones de prises de données agricoles, pièces de tracteurs, outils d’analyse du sol, pompes, etc. pourront prochainement être produits au sein de fablabs d’un niveau technologique standard, dans la plupart des cas en respectant des logiques open-source. Ce sont les Africains qui feront émerger leurs propres modèles agricoles.

Se développent également, notamment dans la Silicon Valley, des expérimentations radicales comme l’agriculture cellulaire, moins gourmande en espace que l’agriculture traditionnelle. Elle pourrait offrir des solutions pour approvisionner les villes de demain, lieu premier de concentration de la population mondiale.

L’agriculture est un vaste puzzle de microentreprises de tailles et aux finalités diverses. Les agriculteurs n’ont aucune prise sur l’évolution des prix de leurs récoltes. Depuis peu grâce aux technologies numériques, apparaissent les premières plateformes de commercialisation comme BiAgri en France ou MLouma au Sénégal et M-Farm au Kenya. D’autres exemples existent aussi en Inde ou en Amérique latine. Il n’est pas utopique d’imaginer demain la mise en place de smartgrid pour l’énergie ou les services environnementaux tel que la captation du carbone.

L’agriculture au cœur de l’économie augmentée?  Nous parlerons demain d’agriculture augmentée. Si la fonction historique restera bien sûr la production de denrées alimentaires, l’agriculture augmentée, ajoutera la capacité à restaurer la biodiversité et les écosystèmes, la capacité à dépolluer l’eau, l’air et les sols. La capacité à produire de l’énergie et des biomatériaux à partir de la biomasse complétera ces démarches. L’agriculture interviendra également dans le stockage du carbone et donc dans l’atténuation des gaz à effet de serre. L’agriculture sera alors reconnue comme facteur d’amélioration de la santé et vecteur de lien social.

Le changement climatique est un défi qui semble nous écraser. Or, la meilleure usine systémique d’une utilisation utile du carbone n’est-elle pas la plante et son meilleur outil, la photosynthèse ? L’agriculteur est le détenteur des savoirs, capable de mettre en œuvre à bon escient ces usines que la nature nous offre. A nous de le comprendre et de saisir les opportunités en transformant les méfaits du changement climatique en avantages concurrentiels. Le changement de paradigme est moins dans la technique que dans les opportunités qu’elle nous offre.

 

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