Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Les nombreux défis auxquels sont confrontés les exploitants agricoles ces derniers mois ont remis en lumière l’utilité des représentations professionnelles dans le secteur de la production agricole.

Intervenant à plusieurs niveaux dans la vie des exploitants agricoles, ces organisations disposent d’une bonne connaissance du secteur et des contraintes qui pèsent sur lui. Elles sont composées d’experts qui bénéficient d’une vision globale de la profession et compilent des données fort utiles pour orienter les agriculteurs en difficulté ou participer à l’élaboration de nouvelles politiques.

Le Fonds international de développement agricole (FIDA) a réalisé des entretiens avec les principales représentations pour mieux comprendre l’évolution de leurs domaines d’intervention après la pandémie.

Les témoignages recueillis dans le cadre de l’enquête du FIDA sur les nouveaux rôles des organisations paysannes a donné lieu à un rapport d’une centaine de pages publié en avril 2022.

La pandémie a touché de plein fouet les systèmes agricoles, les professionnels se sont retrouvés privés de main d’œuvre, de moyens logistiques et parfois de consommateurs soumis à de nouveaux modes de consommations : confinement, arrêt de la restauration collective, baisse du pouvoir d’achat…

Affecté, le monde agricole s’est naturellement tourné vers ses représentants, les organisations paysannes ou de producteurs (OP). Sollicités et appuyées financièrement par le FIDA, celles-ci ont dû trouver une nouvelle organisation en contexte émergent pour limiter les effets de la crise sanitaire sur les filières alimentaires.

A titre d’exemple, l’Organisation Panafricaine des Agriculteurs (PAFO) a présenté un plan de relance spécifique destiné aux ruraux pauvres et financé par le FIDA à hauteur de $1,5 million. D’autres programmes d’urgence ont été initiés pour les éleveurs soumis simultanément à des restrictions sanitaires ou de déplacement en raison des conflits.

Ces organisations paysannes dont l’objet est de mutualiser les expertises, les connaissances, et les moyens, ont souffert de l’isolement imposé à leurs membres par les confinements successifs. En même temps, leur poids s’est renforcé avec le Covid-19. Elles sont un relai évident pour dresser un état des lieux ou, au contraire, déployer un programme d’actions.

Les mesures de protection contre la propagation du virus ont été plus fatales que le virus lui-même. Les États ont mis à l’arrêt les filières de transport et d’écoulement des marchandises.

Les exploitants privés de débouchés ont sollicité les organisations professionnelles au-delà des attentes habituelles, celles-ci ont dû endosser des rôles inhabituels :

  • Rôle sanitaire, par des conseils de prévention et une assistance aux malades, y compris psychologique ;
  • Rôle social, par le biais d’une solidarité sous forme de subvention ou d’avance ;
  • Rôle humanitaire, en distribuant directement des vivres ou des médicaments pour les situations d’urgence.

Les organisations ont quasiment joué un rôle politique, intervenant auprès des États pour rendre compte des situations rurales et assister au déploiement de politiques publiques lancées dans l’urgence de la situation sanitaire.

Et enfin, elles ont assuré un rôle économique, plus en phase avec leurs missions d’origine. Cette mission consiste à apporter de l’innovation en termes de productivité durable, de stockage, de transformation et à rechercher de nouveaux marchés pour pérenniser les exploitations ou les reconvertir en cas de crise.

Ainsi la nouvelle quête de souveraineté alimentaire pousse les États à soutenir le développement de filières 100% domestiques mettant parfois le producteur en contact direct avec le consommateur. Il en résulte des besoins différents induits par toutes activités B to C, la communication, le packaging, la gestion et la logistique sont à repenser. Les organisations sont intervenues pour aider à la mise en place de plateformes de ventes en ligne ou de livraison à domicile.

Ces structures fédératives ont-elles-mêmes dû revoir leur organisation au moment des restrictions sanitaires. Les sessions de formation et les réunions de producteurs sont devenues des événements distanciels, accélérant ainsi la digitalisation des structures.

Cette digitalisation se confronte toutefois aux manques de couverture du réseau ou à l’absence d’équipements de réception par les populations rurales.

Pour les zones où la pandémie a accéléré la digitalisation, les usages se sont développés :

  • Communication ;
  • Collecte de données ;
  • Suivi des exploitations ;
  • Formation en distanciel ;
  • Commercialisation en ligne .

Il semble que la pandémie ait été l’occasion de rappeler l’utilité des organisations et leurs rôles dans l’écosystème agroalimentaire mais la transition agricole face au changement climatique reste le défi central des exploitants.

Des interviews menés autour de cinq thèmes

Le FIDA a interviewé des organisations autour de points essentiels liés aux crises actuelles ou futures. A partir des échanges réalisés, le fonds a émis des recommandations à l’intention des organisations, mais aussi de leurs partenaires (ONG, gouvernements, financeurs) :

  • Gestion de crise

Les organisations sont invitées à établir des systèmes de veille et de prévention et d’organiser des stratégies de réponse aux crises, notamment à travers des guides d’information ou des modes opératoires à destination des agriculteurs. Dans cette mission, elles se font aussi le relais des autorités.

  • Gestion sociale

L’amortissement social est un facteur essentiel de résilience des populations rurales. La mutualisation portée par l’organisation paysanne est une force sur laquelle elle doit s’appuyer, y compris dans les rapports qu’elle entretient avec ses homologues. Les crises (sécheresse, catastrophe naturelle, conflit…) peuvent être locales et trouver une assistance via le réseau régional, voire national.

  • Résilience des systèmes

L’organisation capitalise les expériences de ces membres ainsi que celles des autres organisations. Cette expertise qui peut couvrir tous les aspects de la filière agroalimentaire : production, stockage, transformation, distribution… contribue à orienter  les futures politiques nationales en matière de transition : agroécologie, intrants biologiques, économie d’eau, diversification des cultures…

  • Promotion des circuits courts

Les producteurs peuvent s’appuyer sur l’organisation paysanne pour promouvoir leurs denrées directement auprès des consommateurs. Une plateforme de communication et de commercialisation permet de mettre en avant les avantages des circuits-courts : fraîcheur et prix pour les consommateurs, réduction des pertes pour les producteurs.

  • Intégration des nouvelles technologies

La pandémie a accéléré la digitalisation. Le retour à l’activité présentielle doit permettre de déployer les outils numériques auprès des exploitants, y compris sur le volet formation. La réussite de cette mission est conditionnée à la bonne couverture des zones rurales en réseau internet.

L’enquête menée par Vital Pelon, consultant auprès du FIDA, présente ses limites. En effet, les organisations paysannes revêtent diverses formes selon les pays et leur cadre légal. Les 30 organisations interrogées ont permis la formulation de recommandations dont on suppose la viabilité à plus grande échelle. Les données collectées sont celles exprimées par les interviewés, principalement des cadres de ces organisations et non les exploitants locaux.

Les interviews se sont déroulées à l’été 2021, au plus fort de la pandémie, des conséquences à plus long terme pourraient être identifiées dans les mois à venir.

Ce premier rapport est vu comme une initiative à prolonger. Les organisations pourront venir l’enrichir au fil des mois grâce à leurs observations post pandémiques.

Exemple de la ROPPA

En Afrique de l’Ouest, le consultant a interrogé le Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles (ROPPA).

Ce groupement, créé en 2000, comprend 15 organisations qui représentent des pays d’Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone, Togo, Cap-Vert et Nigeria.

Sa mission consiste à défendre les intérêts des petits exploitants locaux, majoritaires dans l’écosystème agricole de cette partie du continent africain.

Durant la pandémie, la ROPPA a servi de relais entre les acteurs privés, associatifs et publics.

L’organisation a collaboré avec les bailleurs de fonds et deux associations : le Réseau Billital Maroobé (RBM) et l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en savane (APESS).

La communication s’est faite via des réunions virtuelles, des messages transmis par les radios locales et des groupes Whatsapp ou Facebook, lorsque la qualité des communications le permettait.

Les 15 membres de la ROPPA ont sollicité l’organisation plus intensément durant la pandémie et obtenu des aides d’urgence grâce au programme Support African Farmers in 2020 Emergency (SAFE2020). Certains membres ont pu acheter des semences pour aider les exploitants à maintenir leur activité.

La ROPPA a aussi pesé sur les négociations avec différents partenaires :

  • The Global Agriculture and Food Security Program (GAFSP) ;
  • Le Comité français pour la solidarité internationale (CFSI) ;

Elle est aussi intervenue pour négocier des aides auprès de banques régionales pour soutenir les établissements de micro-crédits face aux défauts de remboursement par les exploitants en difficulté.

Source : FIDA