Comprendre les enjeux de l’agriculture
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Décomposer les prix et les marges des produits alimentaires de base pour comprendre comment se répartit la valeur ajoutée tout au long de la chaine alimentaire, du champ à l’assiette, est la mission de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM). Il a été créé en France en 2010. Ses rapports annuels, épais de 400 pages, sont devenus des outils de référence pour la négociation de contrats plus équilibrés et plus transparence entre producteurs et acheteurs.

En France, le prix du kilogramme de la baguette (3,47 €/kg) a augmenté de 12 centimes depuis 2010 alors que le prix du blé nécessaire à sa fabrication est toujours payé 19 centimes le kilogramme (prix de départ à l’embarquement en Eure et Loir). Il ne représente que 6,8 % du prix du pain.

Pour la viande ovine, même scénario. Le prix du kilogramme en grande distribution a crû de 2,60 € entre 2010 et 2017. Il est passé de 10.89 €/kg à 13.49€/kg mais le prix de l’agneau à l’entrée de l’abattoir n’a progressé que de 0,92 €/kg. L’essentielle de l’augmentation s’explique par une hausse de la marge d’intermédiation de 1,43 €/kg aux dépens de l’abatteur et de l’éleveur. Elle est passée de 3,91 €/kg à 5,34 €/kg.

L’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM)

Ces chiffres émanent du septième rapport français de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) rendu public en juin dernier à Paris.
Présidé par Philippe Chalmin (par ailleurs président de WillAgri), « l’OFPM étudie les coûts de production et leur évolution interannuelle, mais aussi les coûts de transformation et les coûts de distribution de l’ensemble des filières de commercialisation des produits  agricoles », mentionne le Code rural et de la pêche maritime (L 691.1).
Pour son fonctionnement, « l’observatoire s’appuie sur un collège d’ingénieurs chargés d’études économiques. Un comité de pilotage assure l’orientation des travaux en associant les représentants des diverses familles professionnelles des consommateurs et des services concernés de l’état », précise le rapport de l’OFPM.
Ce document aide, donc, tous les acteurs de la chaine alimentaire à mettre un peu plus de transparence dans les négociations des prix et des marges des produits agricoles entre vendeurs et acheteurs. « C’est un travail exceptionnel et un document de référence », s’est félicité Philippe Chalmin.

13,9%, la part qui revient aux producteurs dans la création de valeur

En fait, le rééquilibrage des relations commerciales entre les paysans et la grande distribution est un défi planétaire. « La part du prix final d’un panier de produits alimentaires qui revient aux producteurs n’est que de 13,9 % en moyenne », affirment Robin Willoughby et Tim Gore, les auteurs d’une étude de  l’Ong Oxfam, intitulée « Derrière le code barre, des inégalités en chaines ».
Autrement dit, les produits agricoles ayant servi à la composition d’un panier standard de produits alimentaires d’une valeur de 100 dollars (100 $), ont été payés 13,9 $ aux paysans. Et si ce même panier de 100 dollars était uniquement composé de douze produits issus de matières premières agricoles importées de pays émergents (café, cacao – cf liste ci-dessous) (1), les paysans n’auront alors perçu que 6,7 % de la valeur des produits alimentaires (6,7 $ pour 100 $ dépensés par le consommateur).
L’Ong Oxfam démontre aussi que la hausse continue des marges de la grande distribution et des multinationales de l’agrofourniture se fait aux dépens des paysans. Si bien que les prix agricoles ne leur assurent plus un niveau de vie décent. Des centaines de millions de paysans disposent d’un revenu minimum vital dans leur pays.
Par exemple, les producteurs kenyans d’haricots vivent avec un revenu inférieur de moitié au revenu minimum vital nécessaire pour commencer à vivre décemment. Et, en, Inde, les cueilleuses de thé perçoivent un salaire équivalent à 38 % du revenu vital estimé.
En France, le rapport de l’OFPM passe aussi au crible les coûts de production des principales filières agricoles.
La partie de ce pavé de 400 pages consacrée à la décomposition du prix du pain révèle que le blé employé est produit à perte par les agriculteurs pour la quatrième campagne consécutive avec des manques à gagner de 7 €/t à 19 €/t selon les années.

29%, la part des services dans la chaîne de valeur

Les charges pour produire le blé ont pourtant baissé de près de 30 € par tonne entre 2014 et 2017, selon l’Ofpm. Mais dans le même temps, le prix de vente de la tonne de blé a encore diminué de 17 €/t alors qu’il ne couvrait pas les coûts de production en 2014. Aussi, les pertes se sont enchaînées d’année en année.
En production ovine, le prix de vente des agneaux (6,7 €/kg de carcasse) et le montant des aides (5,1 €/kg) sont inférieurs aux coûts de production des animaux. Aussi, l’éleveur doit se contenter d’un revenu proche du Smic (salaire minimum).
A l’échelle de la ferme France, la succession de campagnes céréalières défavorables, pèse inexorablement sur la contribution de l’agriculture à la création de valeur ajoutée (autrement dit de richesse créée) dans la consommation alimentaire, hors restauration. Or elle avait déjà diminué de 30 % entre 1999 et 2014 (derniers informations disponibles).
Outre la question du prix de vente des matières premières agricoles, ce recul de 30 % est aussi lié à l’incorporation croissante de services dans les produits consommés (emballage, livraison, publicité, entretien des magasins, mise en rayon). Or leurs coûts équivalents à 29 % de leur valeur finale, se retrouvent dans leurs prix de vente aux dépens des matières premières agricoles à partir desquels les produits ont été élaborés. Autrement dit, lorsqu’un consommateur paie un produit 100 €, il achète plus de 29 € de services. Pour le pain, cette proportion de services est encore plus élevée puisque la farine ne représente que 6,8 % de son prix de vente.

(1) Moyenne pondérée d’un panier contenant les produits suivants : avocats (Pérou), bananes (Équateur), thon en conserve (Thaïlande), cacao (Côte d’Ivoire), café (Colombie), raisin (Afrique du Sud), haricots verts (Kenya), jus d’orange (Brésil), riz (Thaïlande), crevettes (Vietnam), thé (Inde), tomates (Maroc).

Pour en savoir plus :

http://www2.assemblee-nationale.fr/documents/notice/15/ta/ta0121/(index)/ta

http://www.datapressepremium.com/rmdiff/2010313/EMBARGO_210618_Rapport_OXFAM_Derriere_le_codebarre1.pdf