Comprendre les enjeux de l’agriculture
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L’urine de vache sacrée est vendue jusqu’à deux euros le litre Elle est employée pour produire des médicaments et des produits cosmétiques mais aussi de l’engrais. Elle contiendrait même de l’or !

En Inde, les vaches réformées, trop vieilles pour produire du lait, entament une seconde carrière: celle de productrices d’urine et d’excréments. Elles sont parquées dans des gaushalas, des refuges où les animaux sont nourris jusqu’à la fin de leur vie pour produire de l’urine, recueillie chaque matin vers quatre heures et des bouses collectées toute la journée.

Les Hindous prêtent d’innombrables vertus à l’urine de vache, pure ou transformée. Elle contiendrait même de l’or, jusqu’à 10 milligrammes par litre d’urine produit par les animaux de la race Gir. Business, or et religion : le cocktail est vertueux. Il renforce la sacralité des vaches, se réjouissent les nationalistes hindous opposés à leur abattage.

Le quotidien Le Monde du 3 septembre 2017 ne pouvait pas manquer de passer en revue cette filière animale en pleine expansion. On décompte 70 millions de vaches en Inde. L’urine la plus convoitée est celle produite par des jeunes bêtes de race Gir. Selon les Hindous, les laitières issues de croisements ne sont pas réputées pour produire de l’urine de qualité. Dans les champs, elles empêcheraient même l’herbe broutée de repousser !

Une encyclopédie ayurvédique recense l’ensemble des remèdes à base d’urine. Le Monde rapporte que Ram Dahiya, un instituteur en retraite « s’en inspire pour mettre au point de nouveaux médicaments », convaincu « que les traitements à base d’urine soignent le cancer et le sida ! ». Ils « améliorent aussi la mémoire ».

Ce culte plurimillénaire voué aux vaches est entretenu par le Premier ministre Narendra Damodardas Modi et son gouvernement, depuis que les nationalistes hindous ont accédé au pouvoir.

Des marchés locaux, où sont vendues différentes catégories d’urines et d’excréments fleurissent dans les villages. Et des gaushalas sont implantés dans les lieux publics, y compris dans les prisons.

Pour tenter néanmoins de discerner ce qui relève du vrai et du faux de la cowpathy, le gouvernement indien a formé un comité scientifique. Il a pour mission d’étudier les vertus curatives de cette discipline, autrement dit de tous les sous-produits bovins dérivés (viande exceptée évidemment). Pour l’agriculture, des techniques de production d’engrais et de produits de protection des plantes seront mises au point.

Sur le terrain, le développement des abris pour les vaches sacrées impose la formation de techniciens compétents pour les gérer. C’est pourquoi le gouvernement subventionne, par exemple, la création d’un centre de formation équipé de machines pour former de nouveaux techniciens. Perfectionniste, le gouvernement indien ne lésine pas sur les détails pour structurer une filière, clé de voute d’une société et de ses valeurs.

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