Comprendre les enjeux de l'agriculture
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La FAO a publié un atlas intitulé « L’Afrique rurale en mouvement : dynamiques et facteurs de migrations dans le sud du Sahara »*. Ce 1er atlas vise à mieux comprendre la complexité des modèles de migration rurale en Afrique subsaharienne. Il souligne également le rôle important que les zones rurales continueront de jouer dans les futurs phénomènes migratoires du continent.

« La croissance de la population se traduit par une forte augmentation de la population active. Près de 380 millions de personnes en âge de travailler sont appelées à entrer sur le marché du travail d’ici 2030, dont 220 millions dans les zones rurales. Le défi est de créer assez d’emplois pour absorber toute cette main d’œuvre. C’est pour toutes ces raisons que l’agriculture et le développement rural doivent faire partie intégrante de chaque intervention déployée pour faire face aux grands mouvements migratoires afin d’exploiter au mieux le potentiel des migrations, au profit du développement, » constate Kostas Stamoulis, sous-directeur général et responsable du département Développement économique et social à la FAO.

Les Africains migrent d’abord en Afrique

A travers une série de cartes et d’études de cas approfondies, l’atlas explore la complexité des causes qui conduisent les Africains à quitter leurs domiciles, leurs villages.

Premier enseignement : la grande majorité des Africains (75 %) migre au sein même de l’Afrique tandis que la plupart des Nord-africains (près de 90 %) migre vers l’Europe. Ainsi, l’Afrique subsaharienne « se déplace » mais principalement à l’intérieur des limites du continent. L’Afrique de l’ouest et de l’est sont les régions les plus dynamiques avec près de 5,7 et 3,6 millions de migrants intra-régionaux en 2015. Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, le phénomène de migration interne est le modèle de migration dominant. La moitié des migrants originaires du Kenya et du Sénégal se déplace à l’intérieur des frontières nationales. Au Nigéria et en Ouganda, la migration à l’intérieur même du pays s’élève à 80 %. Ces chiffres confirment les estimations mondiales soutenant que le nombre de personnes se déplaçant à l’intérieur même de leur pays est six fois plus important que le nombre d’émigrés.

L’Afrique subsaharienne est la seule région du monde où la population rurale continuera à augmenter d’ici 2050

Autre constat : la population d’Afrique subsaharienne a augmenté de 645 millions d’habitants entre 1975 et 2015 et est appelée à augmenter de 1,4 milliard d’ici 2055. « Il s’agit d’une caractéristique démographique unique dans l’histoire mondiale » écrivent les auteurs du rapport de la FAO. D’ici le milieu du 21ème siècle, la population rurale subsaharienne devrait augmenter de 63 %. L’Afrique subsaharienne sera ainsi la seule région au monde où la population rurale continuera de croitre après 2050. Pour l’Afrique, principalement rurale, cette croissance de la population signifie une forte augmentation de la main d’œuvre (environ 220 millions de jeunes ruraux seront en âge de travailler dans les 15 prochaines années), des zones rurales plus denses et une énorme pression sur le secteur agricole, soulignant ainsi la nécessité de créer davantage d’emplois et de diversifier l’économie.

L’Afrique subsaharienne est devenue plus urbaine sans pour autant s’industrialiser

Troisième point révélé par l’atlas : les migrants ruraux sont généralement jeunes et la majorité d’entre eux viennent de familles agricoles. Près de 60 % d’entre eux ont entre 15 et 34 ans. La plupart sont des hommes même si dans des pays comme le Mozambique, la République démocratique du Congo ou encore le Burkina, les femmes représentent la majorité des migrants.

Ces ruraux ont généralement un niveau d’éducation plus faible que celui des urbains et les migrants ruraux n’échappent pas à la règle. Les migrants tendent cependant à passer plus de temps à l’école que ceux qui ne migrent pas. Contrairement à d’autres régions du monde, l’Afrique subsaharienne est devenue plus urbaine sans devenir plus industrialisée, nous apprend par ailleurs l’ouvrage. Plus qu’ailleurs, les Africains se déplacent non seulement vers les villes mais aussi hors des villes et entre les zones rurales.

L’agriculture pluviale représente 96% terres agricoles

L’atlas s’attache également à rechercher le lien entre le changement climatique et les migrations. L’Afrique subsaharienne est particulièrement vulnérable au changement climatique en raison de sa grande dépendance à l’agriculture pluviale, qui représente 96 % des terres agricoles, et de capacités économiques et institutionnelles limitées qui ne lui permettent pas encore de s’adapter aux impacts climatiques. Les régions tropicales connaitront des pertes de blé et de maïs suite aux changements, même légers, de températures. Les pertes agricoles liées aux principales céréales devraient tourner autour des 20 % d’ici 2050 si aucune mesure n’est prise pour atténuer les effets du changement climatique.

En conclusion, le document tente d’établir une prospective sur ces migrations rurales. Les auteurs considèrent que gérer l’avenir des migrations impliquera de mettre en place des canaux de migration sûrs, ordonnés et réguliers ; de développer de grandes villes durables ; d’investir dans des villes intermédiaires et de développer des habitats ruraux plus petits capables de fournir des services de qualité. Pour que la décision de migrer soit un acte voulu et non contraint, il est nécessaire d’investir dans l’agriculture et le développement rural tout en adoptant une perspective territoriale, et en encourageant les liens entre zones rurales et urbaines, ce qui contribuera à transformer les zones rurales africaines en « lieux sûrs » capables d’offrir à ces populations une vie meilleure.

Olivier Masbou

* Cet atlas est le résultat d’un partenariat entre le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avec le soutien technique du Centre pour l’innovation dans la gouvernance (GovInn) basé en Afrique du Sud.