Comprendre les enjeux de l’agriculture
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Madagascar est  traditionnellement un des producteurs majeurs de riz de l’Afrique Subsaharienne. Il présente un climat, un sol et un ensoleillement favorables à la culture de l’Oryza sativa. La production du riz y est dynamique et les innovations techniques portent ses fruits malgré quelques tâtonnements. Avec un effort plus poussé, le pays pourrait devenir le grenier rizicole de l’Afrique.

Représentant à peine 0,75% du riz produit dans le monde, les 3,5 millions de tonnes auxquels on estime la production rizicole malgache comptent peu sur la carte agronomique mondiale. Mal équipées, faiblement technicisées et trop dépendantes de la nature, ce n’est pas dans les prochaines années que les unités de production de Madagascar égaleront les records de la Chine, de l’Inde ou de la Thaïlande. Toutefois, le poids de la riziculture malgache apparaît nettement plus important lorsqu’il est comparé à la production de l’Afrique tropicale. En 2017, Madagascar  occupe, avec une part de 11,9%, le deuxième rang en termes de récolte de riz blanchi au sein de l’Afrique Subsaharienne, derrière le Nigéria, loin devant la Côte d’Ivoire,  la Guinée ou  la Tanzanie.  L’Égypte mise à part, la production de paddy par unité de surface des producteurs africains se situe autour de 1,6 tonne. Il n’est pas illusoire de penser que Madagascar puisse devenir dans les prochaines années un grenier privilégié pour l’approvisionnement en riz des populations africaines.

Pays Part dans la production rizicole de la région
Nigéria 26,7%
Madagascar 11,9%
Guinée 9,2%
Tanzanie 9,2%
Côte d’Ivoire 8,3%
Mali 5,2%
Autres 29,5%

Source : USDA, novembre 2017

Le riz est un produit de choix pour le sol et les conditions climatiques malgaches

Le peuple malgache est l’un des plus anciens cultivateurs de riz au monde. La Grande Île présente des conditions biophysiques et climatiques exceptionnelles où le riz peut pousser à loisir. Le climat malgache est de type tropical : température de 25°C, saison pluvieuse s’étalant sur 7 mois, des régions arrosées à raison de 1 200 mm de pluies par an… Le riz y jouit d’une bonne intensité lumineuse (6 KW/cm2/jour), déterminante pour la levée de la dormance et le début de la phase germinative. La céréale trouve son bonheur sur la majorité des sols du pays, notamment sur les sols volcaniques du Lac Alaotra réputés fertiles et à forte rétention d’eau. Ce climat favorable autorise à effectuer trois campagnes en une année.


BESOINS NATURELS DU RIZ
DONNEES CLIMATIQUES DE MADAGASCAR
TEMPERATURE

Stade végétatif: 30 à 32°C

Germination: 18°C

Floraison: 25°C

2 saisons : une saison sèche (5 mois) et une saison chaude et humide (7 mois)

T° moyenne : 25°C sur le littoral Est, avec un pic de 31°C à l’Extrême-Nord

16°-22°C sur les Hautes Terres

PRECIPITATION

92 mm d’humidité par mois en moyenne

Ouest: 80 mm/an

Est: 240 mm/an

Centre : 100 mm/an

TYPE DE SOLS

Sol argileux

Sols volcaniques

Types de sols extrêmement variés, avec des sols volcaniques sur les Hautes Terres

Source : FAO et Instat Madagascar

Stagnation séculaire des rendements

Le défi de la filière riz à Madagascar est celui des aménagements de grande portée, afin de s’affranchir des contraintes de la nature. Pourquoi un pays tel que l’Égypte dégage-t-il  6,12 millions de riz par an, alors qu’il est miné par la sécheresse et le désert ? C’est parce que les rizières disposent d’une facilité d’irrigation et que la fertilisation azotée compense l’ingratitude des sols.

Madagascar se trouve en perte de vitesse dans les rendements rizicoles par suite du manque de capital matériel: moins de 0,2 % des fermes utilisent un tracteur, la petite mécanisation ne touche que 14 % des parcelles; beaucoup font appel à la traction animale pour la préparation du sol. Les bienfaits des innovations techniques ne sautent pas aux yeux, étant donné le défaut d’irrigation qui retarde la floraison et le remplissage des grains. Les paysans n’obtiennent que de maigres rendements. Bien sûr, tous les exploitants ne sont pas réduits à labourer un lopin de terre de 60 ares pour récolter 4 sacs de paddy. Mais c’est la triste réalité pour plus de 50 % des ménages d’agriculteurs qui consomment plus de riz qu’ils n’en produisent et endurent une longue détresse alimentaire sitôt que le stock familial s’épuise.

Évolution de la production rizicole malgache sur dix ans

ANNÉE PRODUCTION (tonnes équivalent riz blanc) SUPERFICIE Disponibilité du riz domestique par personne (kg/personne/an)
2000 1 860 353 1 209 300 118
2001 1 996 849 1 212 650 122
2002 1 952 974 1216020 116,5
2003 2 100 000 1219400 121,5
2004 2 272 500 1238000 128
2005 2 544 344 1250000 138,7
2006 2 615 948 1260660 138,5
2007 2 696 816 1272030 138,8
2008 2 935 631 1283560 147
2009 3 405 326 1295186 165,5
2010 3 553 474 1307043 168

Source : www.fao.org/faostat

Un secteur qui peine à décoller

L’histoire du secteur agricole malgache enseigne que les bonnes pratiques ne s’imposent pas facilement et,  que dans un environnement incertain, les paysans restent de marbre face aux incitations  à augmentation de la production. Entre 2000 et 2005, la productivité en riz blanc a bondi de 4,76% par an, et de 4,94% par an de 2005 à 2010. L’expansion des terres cultivées n’a été que de 0,74% par an. Le gouvernement malgache table sur un doublement de la production. Mais là où les dirigeants caressent le rêve de faire du pays un exportateur net de riz, les petits exploitants ne rêvent que de produire juste assez pour pourvoir aux besoins des leurs et de ne livrer au marché que de petites quantités, juste dede quoi financer leurs grosses dépenses.

D’après les statistiques officielles, la filière riz n’est pas si mal en point que les médias  le prétendent. La production connaît une hausse constante, bien qu’elle ne progresse pas à grand pas. Néanmoins, il y a lieu de noter que si la quantité de riz domestique  a été multipliée par deux en l’espace de dix ans, le riz disponible par personne n’a cru que de 42%. Tant que les routes ne seront pas rénovées et que des services publics de qualité ne sont pas disponibles à tout instant et à bas coût dont, notamment, le crédit, la formation technique, la protection phytosanitaire et les centrales d’intrants de proximité, la production de riz ne décollera pas.