Comprendre les enjeux de l’agriculture
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Si l’Afrique est largement productrice-exportatrice de produits phosphatés et d’urée, elle est importatrice nette de produits d’engrais potassiques. Si la consommation d’engrais du continent augmente, elle reste cependant, avec 17 kg par hectare, bien inférieure à la moyenne mondiale.

WillAgri

La consommation de fertilisants, en 2019 en Afrique, aura augmenté de 70 % en 10 ans, selon l’IFA (International Fertilizer Association). Le continent importe la totalité des minerais potassiques et de ses dérivés utilisés pour son agriculture. Mais il est un exportateur net d’engrais phosphatés et azotés. Même si les situations sont contrastées d’un pays à l’autre. La progression est la plus forte en Afrique subsaharienne (+ 130 %).

L’Afrique est à la fois producteur, consommateur, exportateur et importateur d’engrais. Son agriculture consomme encore peu d’engrais mais ses besoins croissent chaque année.

En 2019, la masse d’engrais azotés utilisée aura crû de 27 % par rapport à 2014. La hausse sera de 21 % pour les engrais phosphatés et de 41% pour les engrais potassiques.

Le continent est leader mondial du phosphate

Mais avec une moyenne de 17 kg/ha sur l’ensemble du continent, la consommation d’engrais restera bien inférieure à celle observée dans les pays industriels. Par ailleurs, elle revêtira de très fortes disparités régionales. En Afrique centrale, l’emploi d’engrais est encore marginal.

Ceci dit, le continent est un producteur-exportateur net d’urée et de fertilisants phosphatés et un importateur net d’engrais potassiques dont le continent est dépourvu.

A l’export, il domine largement le marché mondial des minerais et des engrais phosphatés (jusqu’à 64 % des parts pour l’acide phosphaté). Le Maroc est le premier exportateur mondial. Le groupe OCP a ouvert, à Jorf Lasfar, sa troisième unité de production de fertilisants en octobre dernier d’une capacité d’un million de tonnes. Aujourd’hui ce groupe est le plus grand complexe d’engrais au niveau mondial. Six nouvelles usines seront construites d’ici 2025

En fait, la grande majorité de la production de minerais et de dérivés de produits phosphatés africains est exportée. Si bien qu’avec une faible part de la production au niveau mondial, (au plus 20 % pour les minerais phosphatés, 12 % pour l’acide phosphorique), le continent africain détient des parts de marché considérables.

De même, avec à peine 1 % de la production mondiale d’urée et d’ammoniac, les quatre pays producteurs africains détiennent ensemble 5 % des parts de marché dans le monde. Il s’agit de l’Egypte, de l’Algérie, du Nigéria et de la Lybie, par ailleurs tous producteurs de gaz et de pétrole. Trop chère à l’emploi pour les paysans africains, une grande partie de cette production est destinée à l’export. Et jusqu’à 80 % des quantités vendues sont expédiées hors du continent et le seront encore en 2019.

Au cours des trois prochaines années, l’essor de ces deux filières exportatrices  reposera essentiellement sur le Nigeria pour l’urée et sur le Maroc pour les phosphates. Le premier produira 4,4 millions de tonnes d’urée contre 1,8 Mt actuellement. Et le second a l’intention de doubler par rapport à 2014 sa production de produits phosphatés dérivés. Elle atteindra alors 14 MT.

L’Afrique est importatrice nette d’urée et d’engrais potassiques

Sinon, pour pourvoir leurs besoins en urée et en engrais potassiques, les pays africains  importateurs nets d’engrais, s’approvisionnent majoritairement hors du continent Dépourvu de mines, l’ensemble du continent africain importe la totalité des engrais potassiques utilisée pour son agriculture. Pour l’urée, les pays producteurs réservent leur production pour alimenter leur marché intérieur. Si bien que 54 % de l’urée consommée en Afrique est achetée hors du continent puisqu’elle n’est pas produite sur place.

La situation du phosphate est particulière. 63 % de la consommation des engrais employés sont produits sur le continent dont un tiers est l’objet d’échanges intra régionaux. Le développement de ses industries d’engrais poussera le Maroc à accroître son leadership commercial sur le continent.

En revanche, les échanges intra régionaux pour l’urée sont marginaux (1 % des ventes). Il est parfois plus aisé d’importer des engrais en provenance de pays tiers que de leur faire parcourir des centaines de kilomètres par poids lourds, faute d’infrastructures suffisantes.

Urée : La Chine et l’Ukraine débrayent

Ces dernières semaines, les regards sont tournés vers la Chine et l’Inde. Pour nourrir un tiers de la population  mondiale, leur agriculture doit de plus en plus être performante. Aussi elle consomme davantage d’engrais azotés en particulier. Or la Chine est par ailleurs un exportateur net d’urée tandis que l’Inde en est le plus grand importateur mondial. Toutefois, la production chinoise d’urée est de moins en moins rentable compte tenu du prix du charbon employé. Le gouvernement chinois a en effet décidé de réduire sa production en fermant une partie des mines en activité pour lutter contre la pollution atmosphérique. D’où l’inévitable augmentation des prix.

Or dans le même temps l’Inde reconstitue ses stocks d’engrais et ses achats portent sur de tels volumes qu’ils font monter les prix de l’urée. Si bien que les cours de l’urée importée d’Egypte sont passés de 210 dollars à 300 dollars la tonne en 3 mois.

En Ukraine aussi, l’urée produite est devenue moins rentable que par le passé car le gaz employé est importé de Russie à un prix exorbitant. La priorité est l’approvisionnement du marché intérieur.