Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Le projet de zone de libre-échange africaine apporte beaucoup d’espoir, notamment en matière de résilience économique. Ratifié par une majorité de pays africains, l’accord n’est que la première marche vers un écosystème africain autonome, une puissance alimentaire et des perspectives d’emplois . Il reste encore du chemin pour faire de cette zone une franchise commerciale opérationnelle : formation, infrastructure, assurance, communication, moyens de transaction… . Ce nouvel accord donnera peut-être au continent les moyens d’organiser son marché économique.  L’Union africaine peine, pour l’instant, à en faire une réalité.

Le projet de zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) a été initié en 2012, avec l’ambition de créer un marché unique entre les 55 pays membres de l’Union africaine.

Le 1er janvier 2021, la ZLECAF a été mise en place pour les pays ayant signé l’accord. Il définit les principes, le cadre et le fonctionnement, même si la politique  douanière reste à préciser.

Cet accord couvre l’ensemble des denrées susceptibles d’être échangées au sein du continent, en premier lieu les denrées agroalimentaires, indispensables à la sécurité alimentaire.  Actuellement, les producteurs de légumineuse que sont le Nigeria, l’Ethiopie, le Malawi ou le Mozambique, exportent la majorité des productions en Asie mais ils pourraient trouver une opportunité à écouler leur production sur le continent.

Dans cette nouvelle perspective de marché, l’Égypte apparaît comme un client à fort potentiel. En effet, le pays est l’un des plus gros consommateurs de légumineuse, parmi les 10 premiers selon le Département américain de l’agriculture (USDA), et le premier du continent avec un volume annuel d’achat de $356 millions  (Trade Data Monitor).

La libéralisation des contraintes tarifaires douanières au sein de la zone africaine va donner vie à de nouveaux marchés internes.

La convention prévoit une suppression progressive des taxes accompagnée d’une simplification des procédures.  La suppression des taxes se fera progressivement dans un délai allant de 5 à 10 ans selon les pays signataires.

Ainsi, les pois chiches, lentilles et fèves importées par l’Égypte depuis l’Australie, l’Europe ou l’Amérique du Nord seront peut-être remplacées par des denrées produites en Afrique.

Des moyens au service de la ZLECAF

A l’occasion de l’assemblée annuelle d’Afreximbank, le 16 juin dernier au Caire, le Président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a rappelé que ces accords de libre-échange constituaient un levier essentiel des politiques de sécurité alimentaire engagées par les États africains

Il a aussi rappelé qu’après la période de Covid-19, le projet va permettre d’accélérer la transition voulue vers un système économique africain plus souverain et plus résilient, à condition de former la jeunesse aux nouvelles compétences attendues.

A court terme, la jeunesse n’est pas la plus touchée par la pandémie mais elle est la plus concernée par ses effets négatifs sur l’économie, à long terme. Selon l’évolution démographique attendue, ils seront 170 millions nouveaux travailleurs à entrer sur le marché de l’emploi africain d’ici cinq ans.

Pour réussir son pari « Zlecaf », l’Afrique a besoin de se doter d’infrastructures capables de soutenir le déploiement des nouvelles routes commerciales et d’absorber les flux de denrées et de personnes aux frontières. Elle doit aussi offrir à ses habitants la possibilité de circuler et de commercer dans un contexte de stabilité politique.

L’inflation sur le coût des denrées essentielles (céréales, engrais, énergie,) due aux événements récents (covid 19, conflit ukrainien), a mis en lumière la forte dépendance de l’Afrique aux importations alors que le continent dispose de la plus grande superficie agricole exploitable au monde.

Les pays membres s’accordent sur l’urgence de la mise en œuvre de la zone de libre-échange mais relèvent, qu’au-delà des compétences et des infrastructures, le projet requiert un outil financier pour faciliter un commerce sans risques liés aux fluctuations des devises. Le secrétariat général de la ZLECAF a collaboré avec l’institution financière Afreximbank pour imaginer un outil financier panafricain, le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), qui permettra les investissements et les paiements au sein de la zone concernée. Deux pays membres pourront commercer entre eux dans leur monnaie respective.

Même intention concernant le système mutualisé des garanties de transit. Aujourd’hui cette garantie s’applique déjà pour les pays adhérents au Common market for easternandt southern market (Comesa) qui comprend 21 pays membres africains. Demain un transporteur devra être en mesure de relier Le Cap au Caire avec une seule autorisation de transit.

Sur le plan des relations commerciales, le projet African Trade Gateway, plateforme numérique,  offrira de nouvelles perspectives de collaboration pour faire connaître son offre, trouver un fournisseur ou échanger des informations.

Des dirigeants africains optimistes

Le Comité panafricain du commerce et de l’investissement du secteur privé (PAFTRAC) a publié le 17 juin dernier les résultats d’un sondage effectué auprès des chefs d’entreprise africains. Ceux-ci sont majoritairement optimistes sur les effets positifs de cet accord sur l’avenir de leurs affaires.

Ils le considèrent encore flou en terme de mise en oeuvre mais espèrent que cela permettra de développer une activité intracontinentale à circuits courts, moins sujette aux aléas des exportations à l’échelle mondiale.

Ce sondage, réalisé auprès de 800 entrepreneurs en provenance de 46 pays africains, a fait l’objet d’un rapport intitulé Evaluation de l’impact de la ZLECAF sur le commerce africain.

Parmi les 93% chefs d’entreprise qui se disent confiants sur les bénéfices de cet accord, 26% avancent même être « très » confiants. Selon eux, l’accord va apporter de multiples avantages :

  • Nouveaux marchés à conquérir ;
  • Facilitation des exportations;
  • Accélération des politiques publiques en faveur de l’entrepreneuriat et des pôles industriels régionaux ;
  • Aménagement de pôles industriels régionaux ;
  • Réduction des charges opérationnelles et administratives.

Certains partagent leurs inquiétudes sur une libéralisation incontrôlable des marchés africains qui désavantagerait les petites structures moins organisées pour prospecter et opérer sur les nouveaux marchés.

Aujourd’hui, les chefs d’entreprise évoquent divers freins à l’export vers un pays voisin :

  • Le manque d’information sur les marchés et les partenaires potentiels ;
  • Les risques financiers ou logistiques liés à l’instabilité de certaines régions ;
  • Le déséquilibre engendré par les subventions qui faussent la concurrence ;
  • L’absence d’infrastructures suffisantes ;
  • Les tarifs et les délais douaniers.

L’accueil concernant le nouvel accord ZLECAF est donc plutôt favorable, environ 60% des sondés regrettent cependant de ne pas savoir où trouver les informations relatives à la mise en place de cette zone de libre-échange africaine.

Des freins historiques

Le projet ZLECAF est né au sein de l’Union africaine (AU), une organisation intergouvernementale d’États africains créée à Durban (Afrique du Sud) il y a 20 ans et qui peine encore à imposer sa stratégie d’unification.

Cette stratégie est handicapée par les conflits politiques et les faibles moyens alloués qui ne sont pas à la hauteur des ambitions, les deux étant sans doute liés.

L’un des grands chantiers de l’organisation porte sur la sécurité territoriale mais le constat est que certaines régions, comme l’Afrique de l’Ouest, connaissent toujours des actes terrorismes ou des coups d’État à répétition sans que l’Union ne déploie ses forces d’intervention, pourtant mises en service en 2016.

Moussa Faki, président de la Commission de l’UA,  a reconnu l’échec de des missions attribuées à l’organisation, lors du dernier Sommet de Malabo.

La plupart des sujets mis sous la responsabilité de l’AU ne sont pas traités, faute de budget opérationnel. En effet, les États-membres, bousculés par la pandémie, les conflits ou les ruptures de gouvernance,  peinent à contribuer aux fonctionnement de cette organisation.

De plus, l’organisation dépend encore de fonds étrangers qui limitent une résolution souveraine des questions africaines.

 

 

Sources : Ecofin, Framat, Jeune Afrique