Comprendre les enjeux de l'agriculture
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La FAO a publié, en mai dernier, son rapport semestriel sur les marchés alimentaires mondiaux, un état des lieux qui a confirmé la croissance des échanges alimentaires pour la période 2020-2021. La FAO prédit une poursuite de cette croissance pour la période 2021-2022 grâce à un secteur agroalimentaire résilient stimulé par une demande soutenue. Ce secteur s’est aussi engagé à à adopter des pratiques plus durables. Le challenge du changement  climatique est double: réformer tout en produisant suffisamment.  

Commerce en hausse, importations record, flambée des prix des denrées alimentaires et nouvelles organisations post-covid … le système agroalimentaire international doit prendre un virage.

Ce rapport de la FAO donne un éclairage sur le secteur qui contredit les prévisions d’effondrement. La demande reste soutenue alors que le production doit gérer les contraintes d’exploitation liées au virus et au changement climatique.

La tendance générale est à la hausse des cours. La consommation de céréales devrait suivre la croissance démographique avec une consommation annuelle de 150kg par individu, à laquelle vient s’ajouter la consommation animale.

Riz

Le riz embrasse la tendance et devrait atteindre des niveaux inattendus en 2021-2022. Les stocks sont là et la demande est croissante. Seul nuage dans ce tableau, des importations chinoises qui pourraient s’avérer plus faibles et impacter l’année 2022 en termes de croissance.

Si la hausse se confirme pour 2021, la production mondiale atteindra les 520 millions de tonnes. L’Asie, l’Afrique de l’Ouest et l’Australie vont maintenir un niveau de production élevé, parfois soutenue par des aides gouvernementales comme en Asie où les producteurs percevront des aides pour compenser la hausse du coût des intrants ou la concurrence des autres cultures.

Outre la forte demande en provenance des consommateurs d’Afrique et du Moyen-Orient, il existe aussi une demande croissante pour l’alimentation animale.

Les prix du riz se sont maintenus. L’indice FAO était à 110,6 points en mai dernier, soit -0,7 point depuis décembre 2020.

Oléagineux

Sur le secteur des oléagineux, la reprise attendue de la production semble être insuffisante pour satisfaire la demande et reconstituer les stocks. Une situation qui pousse la FAO à considérer une tension persistante sur le marché des oléagineux.

Toutefois, en raison de l’augmentation importante des surfaces réservées à la culture du soja et du colza, la production devrait rebondir et compenser les effets des mauvaises conditions météorologiques.

L’amélioration des stocks et le retour à des prix normaux restent dépendants de la météo, des restrictions sanitaires et des échanges commerciaux mondiaux. Des incertitudes qui impactent aussi la production de biocarburant.

Blé

Entre le report de stock et une production exceptionnelle attendue pour 2021, l’offre reste importante, comme la demande, d’où un maintien des prix pour les mois à venir.

Un nouveau record de production est attendu : + 1,4% par rapport à l’année précédente, avec presque 800 millions de tonnes, notamment dans l’Union européenne, au Maroc, au Royaume-Uni et en Irlande du Nord.

Cette disponibilité du blé devra être suffisante pour répondre aux besoins insatisfaits en céréales secondaires, à la demande fourragère (+7,5%), aux achats liés à la fabrication de produits industriels et à la consommation alimentaire.

En raison d’une production intérieure insuffisante, l’Asie, continent central dans les échanges, importe déjà par anticipation. La Russie garde le leadership en termes d’exportation mais l’Argentine et l’Europe devraient profiter du rebond de la demande pour gagner des parts de marché.

Céréales secondaires

Pour ces céréales, malgré une bonne année 2021, la tension va perdurer, les stocks et la production attendue restent inférieurs à la demande avec des prix élevés.

Une hausse de 2,5% est prévue pour cette saison avec 1 516 millions de tonnes de céréales secondaires produites, principalement grâce à la production de maïs américain, mais aussi chinoise et européenne. Contrairement aux autres céréales, l’orge connaîtra une année en déclin. La baisse de la production australienne explique ce repli que les autres céréales (maïs, sorgho) devront compenser.

La forte demande en céréales secondaires s’explique par son usage industriel, notamment l’achat de maïs pour la production d’éthanol (Brésil, États-Unis), d’amidon (Chine) et de fourrages. Si les tendances se confirment, le ratio stock/utilisation devrait tomber à son plus bas niveau depuis 2012-2013.

Sucre

Pour cette troisième saison, la production sucrière baisse, en raison d’une disponibilité limitée chez les principaux exportateurs.

Les 170 millions de tonnes produites restent inférieures à la consommation attendue. Une situation exacerbée par une météo défavorable pour la production brésilienne, européenne, russe et thaïlandaise.

La FAO prévoit une légère diminution de la production mondiale de sucre pour cette saison, comme sur les deux saisons précédentes. La prévision de production actuelle de 170,3 millions de tonnes est inférieure à la consommation mondiale de sucre prévue, ce qui entraîne un déficit mondial de 1,7 million de tonnes. Des conditions météorologiques défavorables ont entraîné une baisse de la production au Brésil, dans l’Union

Les experts attendent un rebond supplémentaire de la demande si la situation sanitaire permet une véritable reprise de la consommation mais la contraction des importations américaines et indiennes risquent de plomber l’effet positif des importations massives du plus grand importateur de sucre au monde : la Chine.

Pour cette matière première, l’industrie des boissons et de la transformation alimentaire reste la locomotive principale et a mené le cours du sucre, en mai, à son plus haut niveau depuis 2017. Une nouvelle flambée semble écartée si la reprise de la production se confirme dans les prochains mois.

Pêche et produits de la pêche

L’industrie mondiale du poisson profite de la reprise progressive de l’économie mais dans des conditions d’exploitation nouvelles. Pêcheurs et exploitants aquacoles font face à une reprise fragile avec de nombreux défis : retour de la main d’œuvre, obtention de financement et approvisionnement en intrants.

Céphalopodes, panga et saumon se font désirer mais, au fur et à mesure des assouplissements dans le secteur de la restauration, le redémarrage se confirme et devrait soutenir les ambitions des producteurs.

La pandémie aura toutefois eu un avantage, ouvrir de nouveaux canaux de vente directe aux particuliers. Une vente au détail que certains producteurs comptent poursuivre, voire développer durablement. Ce « nouveau marché » combiné à la réouverture des filières de restauration collective offrent de bonnes perspectives à la profession.

Les prix resteront élevés en raison d’une reprise progressive, d’inspections sanitaires plus strictes et de droits de douane maintenus entre la Chine et les États-Unis, sans oublier les freins administratifs dans les échanges avec le Royaume-Uni en raison des effets du Brexit.

Viandes et produits à base de viande

Le marché mondial de la viande et de ses produits dérivés reste divisé entre une demande croissante en protéine animale pour une partie du monde et les accusations de pollution du secteur par d’autres. Le commerce de viande se dirige vers une stagnation même si la production est appelée à augmenter. Les échanges sur la viande bovine et la volaille vont compenser la réduction des échanges sur les viandes porcine et ovine.

La production mondiale devrait atteindre les 346 millions de tonnes, une croissance de 2,2%, notamment grâce à la Chine, au Brésil, aux États-Unis et en Europe, alors que la production argentine et australienne faiblit.  Le marché des produits à base de viande

La Chine est un acteur influent, après son épisode de grippe porcine et le COVID, le pays réorganise sa production sur le plan sanitaire et logistique, pour la viande de porc mais aussi les autres viandes. Cet ambitieux plan de reprise stimule le marché mondial et maintient une tension sur les prix qui ont continué à augmenter de janvier à mai 2021.

Lait et produits laitiers

En 2021, la production mondiale continue de croître malgré la pandémie. Elle devrait atteindre 921 millions de tonnes, une hausse de 1,6% par rapport à l’année précédente. Le continent asiatique reste en tête suivi de l’Amérique du Nord, de l’Europe puis de l’Amérique du Sud.

Les cheptels bovins sont en expansion en Inde et au Pakistan tandis que la Chine mise  sur des exploitations à très grande échelle pour augmenter sa production.

Si les conditions météorologiques sont favorables, les éleveurs espèrent profiter des pâturages et accéder à une alimentation animale à meilleur coût.

Le commerce mondial des produits laitiers devrait croître de 2,6% pour atteindre 88 millions de tonnes (en équivalent lait). Cette prévision de croissance est basée majoritairement sur le un contexte propice à de fortes importations chinoises avec de bonnes perspectives et une monnaie revalorisée.

L’Union européenne, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Australie bénéficieront, en tant qu’exportateurs, de l’augmentation de la demande et de l’élargissement des gammes de produits laitiers.

Situation du fret maritime

La majorité des denrées ont connu une flambée de prix, l’offre restant globalement inférieure à une demande sous-estimée combinée à une Chine fortement importatrice et une production impactée par les aléas climatiques.

A ce contexte particulier vient s’ajouter la contrainte du fret maritime qui connaît un début d’année bénéficiaire. Sur certains continents, le changement climatique et la pandémie ont entraîné une chute de la production qui les a obligés à importer des denrées habituellement produites localement pour garantir leur sécurité alimentaire.

Le fret maritime a connu toutefois quelques contraintes empêchant une saison satisfaisante :

  • Les chantiers navals, mis à l’arrêt, ont livré moins de vraquiers aux flottes ;
  • La baisse du niveau d’eau de certaines voies fluviales a perturbé le transit ;
  • Des mouvements de protestation ont freiné les opérations comme en Argentine;
  • Le blocage du canal de Suez a aussi retardé le transit de plus de 90 transporteurs.

Le Baltic Dry Index (BDI), indice de prix maritime de transport de vrac, a approché en mai dernier un niveau inégalé depuis 11 ans.

L’indice de fret  pour les oléagineux et céréales (GOFI), calculé sur 300 itinéraires de référence, a enregistré une hausse de 51% sur les huit derniers mois.

Indice des prix de la FAO

Les indices des prix à la consommation alimentaire mondiale sont fixés à partir d’un panier-type qui couvrent les cinq groupes de produits alimentaires (céréales, viandes, sucre, produits laitiers et huiles).

La valeur des denrées concernées est pondérée de deux façons:

  1. Par leur apport calorique : cette méthode indicielle produit une valeur de 126,6 points à mai 2021, en hausse de 34% sur l’année glissante, la plus élevée depuis mai 2013. Ce pic est principalement le résultat de l’impact du blé, de l’huile végétale et des céréales secondaires ;
  2. Par leur apport protéinique, donnant ainsi un indice à 119,7 points, soit +23% à mai 2021 en année glissante. La moindre hausse de cet indice s’explique par l’impact moindre des produits protéinés composant le panier comme la viande, le poisson ou les produits laitiers par comparaison avec les céréales ou l’huile.

L’indice des prix alimentaires est à 127,1 points en mai 2021, 39,7% de plus qu’en mai 2020. Le mois de mai 2021 a enregistré sa plus forte hausse depuis octobre 2010. Des niveaux principalement atteints du fait des prix des huiles, des céréales et du sucre.

Concernant les huiles, le haut niveau de prix est principalement dû aux huiles de palme, de soja et de colza. Pour l’huile de palme, le mois de mai 2021 a marqué vu son prix atteindre un pic inégalé depuis février 2011. Quant à l’huile de soja, le niveau de prix reste élevé en raison de la demande en biodiesel.

Pré-Sommet et Sommet sur les systèmes alimentaires

La question agroalimentaire est un sujet central dans l’équilibre des échanges commerciaux et des politiques intérieures. Elle va très prochainement donner lieu à un Pré-Sommet sur les sytèmes alimentaires organisé du 26 au 28 juillet 2021 par les Nations Unies. Ouverte à tous, cette rencontre autorise une participation virtuelle de tout citoyen.

Par ailleurs, le groupe scientifique du Sommet des Nations-Unies sur les systèmes alimentaires, composé d’experts de divers domaines (sciences naturelles, agronomie, écologie, ressources naturelles, nutrition, sciences sociales) a produit un rapport sur les systèmes alimentaires qui servira de base à l’établissement du programme présenté au prochain Sommet à New-York, en octobre 2021.

Source : FAO