Comprendre les enjeux de l'agriculture
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AgFunder se présente comme une société de capital-risque d’un nouveau type. Sa mission est d’investir dans les technologies qui accélèrent les mutations du monde agricole et alimentaire. Fondée en 2013 et basée dans la Silicon Valley, Agfunder est une des sociétés les plus actives dans le monde des technologies agroalimentaires. Sa publication AFN a créé un écosystème de 75 000 abonnés s’appuyant sur une technologie propriétaire soutenant son équipe d’investissement. La société a, ainsi, un accès privilégié au meilleur dealflow (flux de transactions) de l’agtech. S’appuyant sur un réseau unique par son ampleur, Agfunder soutient la croissance des entreprises qu’elle compte dans son portefeuille. Ces dernières sont parmi les plus innovatrices de l’industrie. Son rapport annuel 2019 – c’est le sixième – dont nous rendons compte ci-dessous est un indicateur inégalé de l’état de la recherche et de l’innovation technologique dans l’agriculture mondiale.

Le capital-risque mondial, toutes industries confondues, a chuté de 16% en 2019 en raison de nombreux facteurs dont la guerre commerciale sino-américaine, le Brexit ou l’affaiblissement de l’économie chinoise. De même, les technologies agroalimentaires n’ont guère été épargnées. En fait, la situation est contrastée. Les investissements dans les technologies d’amont ont progressé d’une année sur l’autre et même enregistré le meilleur second semestre de leur histoire grâce, en particulier au succès des start-up actives dans l’industrie des viandes végétales. Le succès de Beyond Meat appartient désormais à la légende de Wall Street.

Chute des investissements dans les industries d’aval

Pour la première fois depuis 2016, ce sont les investissements dans les technologies alimentaires d’aval qui ont diminué en 2019, en raison d’une baisse de 56 % du financement des places de marché des restaurants. Mais les acteurs bien installés ont, eux, ont continué à lever des fonds importants pour mieux consolider leur domination d’un marché déjà saturé, mais cela n’a pas suffi à endiguer la chute du montant total des investissements.

L’épicerie en ligne a également subi une baisse de 7 % du volume des financements pour un nombre réduit d’opérations, car l’économie des services de livraison pose des problèmes. Ainsi, Walmart a fait état d’une perte d’un milliard de dollars sur son offre de commerce électronique. L’innovation dans l’épicerie en ligne est, par contre, restée active en Chine, où la menace permanente des coronavirus pourrait pérenniser l’importance des services de livraison en ligne pour faciliter l’accès des consommateurs aux produits alimentaires. La société chinoise MissFresh, un des leaders du métier, a organisé l’un des plus grands tours de table de l’année.

Mais malgré ce recul du financement des services de livraison aux consommateurs, les magasins et restaurants brick and mortar continueront à essayer de récupérer des parts de marché en diversifiant leurs propres options de livraison, utilisant une nouvelle technique des white labels (textuellement « relabelisation »). Elle consiste pour une société B à vendre sous sa propre marque des produits de la société A. Baptisée « Cloud retail infrastructure » (“Infrastructure de vente au détail par le cloud “), cette technique permet une gestion plus efficiente et en temps réel des flux. Cette nouvelle catégorie comprend les ghost kitchen (cuisines fantômes qui préparent des repas exclusivement pour les livraisons) et les services de livraison à partir d’un hub de restauration (last mile service).

Le capital-risque amont progresse fortement

Alors que les investissements dans les start-ups du secteur amont de l’agriculture n’ont augmenté que de 100 millions de dollars au cours de l’année, elles ont battu le record trimestriel de leur histoire, avec 4,6 milliards de dollars d’investissements entre juillet et décembre 2019. Performance d’autant plus remarquable que l’industrie du capital-risque dans son ensemble a vu le volume de son financement diminuer ce même second semestre par rapport à celui de 2018 .

L’industrie des protéines alternatives a joué un rôle majeur grâce à l’introduction en bourse légendaire de Beyond Meat qui a « starisé » tout le segment des viandes végétales. La valeur boursière de Beyond Meat a pu grimper à 9 milliards de dollars alors que les investisseurs s’arrachaient les actions des sociétés écologiquement responsables. L’investissement socialement responsable (ISR) est devenu un must pour les financiers de la planète. Cet engouement bénéficie tout naturellement aux start-up innovantes dans le secteur de l’alimentation. Ce secteur, majoritairement dominé par l’industrie des protéines alternatives a vu son financement doubler d’une année sur l’autre pour atteindre $ 1 milliard. Il a été stimulé par le tour de table réussi d’Impossible Food qui a levé $ 300 millions. Le nombre des transactions dans l’agtech a augmenté de 17%.

L’autre segment à succès de l’agtech appartient à la catégorie du Novel Farming System (NFS) qui comprend toutes les techniques qui réduisent l’impact de l’agriculture sur l’environnement par une utilisation parcimonieuse des ressources naturelles. Cela comprend, entre autres, l’élevage en milieu fermé des insectes, poissons ou algues, l’agriculture urbaine et/ou verticle.

La ferme d’élevage d’insectes robotisée Ynsect, AeroFarms et Infarm, ont contribué à une augmentation de 38 % des investissements dans la catégorie NFS malgré une baisse de 16 % du nombre de transactions.

Certaines régions géographiques connaissent une croissance significative

La baisse du financement global de l’agtech est, cependant, géographiquement contrastée. Certains pays ou régions ont réalisé un beau parcours. L’industrie européenne du capital-risque a continué à mûrir, particulièrement dans le secteur agroalimentaire dont les investissements ont augmenté de 94 % d’une année sur l’autre pour atteindre 3,3 milliards de dollars ! Le Royaume-Uni se place en tête du peloton européen et au quatrième rang mondial avec une levée de fonds de $ 1,1 milliard en 112 transactions.

Bien que les services de livraison de produits alimentaires demeurent le segment le plus important au Royaume-Uni et en Europe, le Vieux continent s’ouvre largement aux autres segments de l’agtech grâce à des start-ups de premier plan oeuvrant dans les nouveaux systèmes agricoles, les protéines alternatives, la fintech pour l’agriculture et les places de marché agroalimentaires.

De nombreuses start-ups opérant en Afrique ont leur siège au Royaume-Uni, mais celles qui sont basées sur le continent ont doublé leur financement en 2019. Ainsi la fintech nigériane Opay, qui permet aux consommateurs de transférer de l’argent, de payer des factures et de commander des produits alimentaires, a réalisé une des plus grosses opérations de levée de fonds du continent.

2019 restera une excellente année pour l’industrie agroalimentaire latino-américaine. L’agriculture du sous-continent a levé 1,4 milliard de dollars, soit une hausse de 32 % par rapport à l’année précédente, une somme supérieure aux levées de fond de l’ensemble du secteur du capital-risque de la région en 2017. Le milliard de dollars levé, grâce au tour de table mené par SoftBank, au profit du démarrage du Colombian Cloud Retail Infrastructure (Infrastructure de vente au détail dans le cloud colombien) de la start-up Ruppi représente l’essentiel des investissements. Mais l’effervescence autour de l’agtech sud-américaine est restée vive, comme en témoigne l’accroissement de 40% des transactions.

Les investisseurs généralistes font leur entrée dans l’univers de l’agtech

Le financement de l’agtech se diversifie. Les investisseurs généralistes y ont fait une entrée remarquée. Les technologies alimentaires et agtech ne sont plus les enfants maudits du monde du capital-risque, car la durabilité devient la mégatendance du 21e siècle. Les conseils d’administration des investisseurs dans l’agtech comprennent, en 2019, plus de généralistes que de spécialistes des technologies agricoles. Ainsi, Temasek et SoftBank ont été des acteurs particulièrement actifs en 2019, investissant à eux deux un milliard d’euros dans la recherche et le développement agroalimentaires.

FINANCEMENT DE L’AGRI-FOOD TECH EN 2019

  • Investissements : 19,8 milliards de dollars
  • Transactions : 1958
  • Croissance des investissements : – 4,8%.
  • Croissance des transactions : -15%.
  • Investisseurs uniques : 2344
  • La plus grosse affaire : 1 milliard de dollars

L’AMONT

Biotechnologie agricole, logiciels de gestion agricole, robotique et équipement agricoles, bioénergie et biomatériaux, nouvelles exploitations agricoles, marchés de l’agroalimentaire, secteur intermédiaire, aliments innovants

  • Investissements : 7,6 milliards de dollars
  • Croissance : +1,3%.
  • Transactions : 1039
  • Croissance : -7%.
  • Investisseurs uniques : 1336
  • Plus important deal : 400 millions de dollars

L’AVAL

  • Restauration et vente au détail sur place, restaurants en ligne, épicerie en ligne, marchés, maison et cuisine
  • Investissement : 12 milliards de dollars
  • Croissance : – 7,6
  • Transactions : 781
  • Croissance : – 24
  • Investisseurs uniques : 1130
  • Plus important deal : 1 milliard de dollars

Sources : Rapport 2019 Agfunder sur le financement de l’agtech