Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Le projet Fleur de Vie au sein du Collectif pour la Libéralisation et l’Intégration du Moringa en Agroforesterie dans les Territoires du Sud est né d’une rencontre entre une infirmière française, Stéphanie Allard (créatrice de l’association Les jardins de Lisa), et de nombreux acteurs africains burkinabés, puis camerounais, et d’une approche renouvelée pour un développement villageois complet et pérenne.

Cette initiative est probablement assez unique car elle prend le contre-pied de plusieurs réflexes courant d’actions liées au développement agricole, rural, humain au Sahel et en Afrique subsaharienne.

Si les actions en situation de crise humanitaire et d’urgence vitale restent bien entendu nécessaires, les projets à visée durable ne peuvent restés cantonnés dans la notion « humanitaire » ou « aide au développement » – pour ne pas se heurter aux écueils de la dépendance à l’aide, et doivent trouver les clés culturelles, techniques, organisationnelles pour une autonomie et résilience villageoise à terme.

Avec une démarche très pragmatique, c’est ce qu’a impulsé l’association française avec une association partenaire locale Song et avec deux acteurs économiques camerounais dans le domaine de la cosmétique et de l’agriculture. Si les objectifs finaux sont systémiques (revenus complémentaires pour les femmes, santé, éducation, énergies renouvelables, développement de l’ensemble du village), les deux premières clés d’entrée sont à la croisée entre santé et pédagogie, et ciblent les femmes et les enfants.

 Ces deux leviers sont : améliorer la santé des enfants par la prévention et la meilleure nutrition par une complémentation en poudre de Moringa produit localement dans le potager de l’école (d’autant plus important qu’il y a peu de ressources pour soigner en aval), améliorer les revenus des femmes par la plantation de systèmes agroforestiers adaptés fondés sur l’arbre endémique Moringa Olifeira.

Dans les zones de projets, en particulier à Ayos quelques dizaines de kilomètres de Ouagadougou et dans le nord du pays, il est possible de faire évoluer les pratiques de cultures traditionnelles et les habitudes organisationnelles.

Plusieurs éléments représentent des freins avec lesquels il faut composer : l’absence de sécurisation du foncier de cadastre avec un flou important sur la durée possible des cultures, le taux d’illettrisme et de non scolarisation encore important, les structures familiales qui ne sont pas toujours mûres pour faciliter des formes de coopération agricole équilibrées, un nouveau choix à faciliter entre réaliser quelques productions saisonnières (maraichage notamment) destinées à la ville, nécessitant l’achat d’intrants chimiques (souvent sources de surexpositions et surdosage) – ou bien basculer vers  la mise en place d’un système de culture plus local (avec autoproduction des engrais verts), très diversifié avec productions vivrières et destinées à quelques débouchés à meilleur valeur ajoutée, économiquement plus robuste et rémunérateur pour les villageois.

Les acteurs du collectif (qui combine associations et acteurs économiques) travaillent de concert sur l’ensemble de ces freins et sont en train de mettre en place un schéma d’investissement pour petite transformation et énergies locales, de cogestion, de sécurisation de débouchés, de renforcement des compétences, qui semble prometteur au Cameroun. La situation au Burkina s’est avérée plus délicate : fortes tensions et risques sécuritaires, climat sec permettant la production de feuilles de mais, pas de graines de Moringa en quantité, zone d’élevage et de pastoralisme où la mise en place de systèmes de cultures pérennes est moins spontanée, forte émigration des jeunes hommes…

Pour conclure

Après cette exploration théorique et pratique de la transition de systèmes agraires, nous pouvons conclure sur trois points. Le premier est que le frein majeur à une transition à dimension agroécologique et durable, est encore bien souvent la minimisation consciente des risques environnementaux par la majorité – et particulièrement par les dirigeants afin de pérenniser des systèmes techno-centrés puissants mais largement défaillants si l’on évalue l’ensemble de leurs impacts sur le capital financier, naturel et humain. Le second est qu’une source majeure d’espoir réside dans tout l’éventail de la formation : des jeunes, des agriculteurs, des agronomes, des dirigeants – au Nord comme au Sud, et que ces formations d’avenir pourraient faire une grande place à l’écologie, à la sociologie des organisations, afin de savoir « designer » des systèmes autrement. Un cas inspirant en ce sens est Earth University au Costa Rica, qui a bénéficié de financements publics, bilatéraux et philanthropiques, et qui forme notamment de nouvelles générations d’agronomes. Le troisième enfin, la question de l’agriculture et de l’alimentation a toujours été un enjeu majeur pour les civilisations passées et elle le sera demain encore plus, au vu des limites planétaires que nous dépassons et de l’expansion démographique. Il est donc souhaitable qu’elle soit posée en termes éthiques par les dirigeants privés et publics, et non plus seulement en termes techniques, financiers ou politiques.

Livres :

  • Mazoyer et Roudart, Histoire des agricultures du monde : du Néolithique à la crise contemporaine, Points
  • Jan Douwe van der Ploeg, Les paysans du XXI siècle – Mouvements de repaysannisation dans l’Europe d’aujourd’hui, version française aux Editions Charles Leopold Mayer
  • Sebastien Bohler, Le bug humain – Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher, Editions Robert Laffont
  • The agroecological transition of agricultural systems in the global South, Quae Open (ebook – free pdf)

Ressources en ligne

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