Comprendre les enjeux de l'agriculture
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3. Trois approches pour une gestion durable

La planification et la gestion des aires protégées se caractérisaient autrefois par le monopole du gouvernement central en matière de contrôle, par l’exclusion des populations locales et, fréquemment, par l’interdiction des utilisations traditionnelles de la faune et de la flore.  Lors de la IXe Conférence des parties à la Convention biodiversité́ à Durban en 2003, les pays signataires ont recommandé́ d’intégrer aux objectifs de gestion des aires protégées d’une part l’éradication de la pauvreté́ et le développement durable et, d’autre part, l’amélioration du bien-être des usagers traditionnels.

Le syndrome de Tarzan

Le principe des aires protégées fait l’objet de critiques. Certains dénoncent le « syndrome de Tarzan » (Sylvie Brunel), cher aux partisans de la deep ecology pour laquelle la question de la Nature prévaut sur celle de l’Homme ; une conception qui impose le respect des animaux sauvages, particulièrement les grands mammifères, et qui considère que les bêtes ont une sensibilité, des besoins et des droits.

Les critiques portées à l’encontre de cette conception hyper conservationniste sont fondées sur plusieurs observations. D’abord le danger est de créer d’un côté des « paradis verts » caractérisés par des environnements relativement maîtrisés parce qu’ils ont été aménagés et vidés de leur population et d’un autre côté des « enfers » aux ressources naturelles dégradées où se concentre une population appauvrie. L’exclusion des populations amputées d’une partie de leur territoire et de leurs ressources est toujours source de tensions. Certains critiques vont jusqu’à considérer la zone protégée comme une usurpation de leurs droits d’accès ancestraux imposée par des acteurs externes, nationaux et/ou internationaux pour des motifs à long terme (la conservation de la biodiversité) en décalage avec leurs besoins vitaux à court terme.

Depuis les années 1990, le modèle de la « forteresse défensive » des conservationnistes a évolué. Il est désormais reconnu que la meilleure façon d’atteindre les objectifs de la protection n’est pas d’exclure mais au contraire d’inclure. L’implication des populations et usagers des aires protégées et de leurs zones périphériques dans les politiques de conservation et de gestion durable des ressources naturelles s’est progressivement imposée pour des raisons d’efficacité́, d’efficience ou de justice sociale. Cette implication s’inscrit dans un continuum de pratiques de « participation » qui vont de la simple consultation des populations jusqu’au fait de considérer l’échelon local comme le niveau le plus pertinent pour la gestion des ressources naturelles.

Quatre types de gouvernance

La gouvernance d’une aire protégée définit qui décide de ce que sont les objectifs de gestion, de ce qu’il faut faire pour les atteindre et avec quels moyens et quelles actions ; com- ment s’effectue la prise de décision ; quelle entité́ détient le pouvoir, l’autorité́, et enfin qui endosse la responsabilité́.

L’UICN distingue quatre principaux types de gouvernance pour les aires protégées et conservées, en fonction des acteurs qui y prennent ou qui y ont pris les décisions fondamentales (par exemple, ceux qui les ont « établies » et ont déterminé́ leur objectif principal et leur gestion). Les quatre types de gouvernance sont :

  • gouvernance publique, par un ministère ou par un organisme public ;
  • gouvernance « partagée », collaborative (divers degrés d’influence), conjointe (conseil de gestion pluraliste) et/ ou transfrontalière ;
  • gouvernance privée, par un propriétaire individuel, par des organisations sans but lucratif (ONG, universités, coopératives), par des organisations à but lucratif (particuliers ou sociétés). Les aires protégées privées (APP) sont déjà importantes dans certains pays africains, mais les recherches montrent que leur distribution est très irrégulière. Elles sont très communes dans des pays comme l’Afrique du Sud et la Namibie, assez communes dans plusieurs pays de l’Est, mais pratiquement inconnues dans certaines régions de l’Afrique de l’Ouest francophone et du bassin du Congo.
  • gouvernance par des peuples autochtones et des communautés locales : aires et territoires (domaines ancestraux, country, aires communautaires conservées, territorios de vida, territorios autonomos comunitarios, sites naturels sacrés, aires marines localement gérées, etc.) conservés par des peuples autochtones ou des communautés locales, et déclarés et gérés par ces peuples et « communautés ».

Trois types d’approches se superposent pour définir une gestion durable des aires protégées.

Les approches fonctionnelles

Les services rendus par les aires protégées sont multiples et ne se résument pas à la préservation des espèces menacées d’extinction du fait des activités humaines. Elles sont un fournisseur potentiel de ressources économiques (emplois, revenus du tourisme) ou encore de ressources naturelles (bois, eau, viande de brousse, pâturage). Elles participent à la réalisation de services écosystémiques de régulation des milieux (épuration de l’eau qui les traverse ou maintien d’un air dénué des pollutions d’origine anthropique, etc.) au profit des territoires qui les entourent. Tous ces services sont fondamentaux pour faire face aux enjeux du changement climatique, via la séquestration du carbone et la prévention des risques naturels (inondations, sécheresses).

Comment appréhender la complémentarité des fonctions ? Un cadre conceptuel a été́ établi (Elliot et al, 2017) pour son analyse. Il part du postulat que l’objectif d’un réseau d’aires protégées – privées, communautaires ou publiques – est de produire des résultats positifs pour l’environnement. L’envergure des progrès réalisés par le réseau d’aires protégées est déterminée par six facteurs sous-jacents (centre du diagramme), eux-mêmes influencés par des facteurs ou des chocs externes (par exemple une catastrophe comme une inondation ou un incendie).

Cadre analytique de compréhension de la complémentarité des divers types d’aires protégées

Source, Elliot et al, 2017

Les résultats des études s’inspirant de ces approches soulignent que la diversité́ de types d’aires doit être considérée comme un avantage pour la conservation, plutôt que le contraire. Les aires publiques sont, contrairement à une idée reçue, presque partout un pilier capital de la conservation.

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