Comprendre les enjeux de l'agriculture
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Les circuits courts ont les faveurs des agronomes et du grand public soucieux d’environnement. Ils se caractérisent par l’intervention d’un seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur et le parcours par les produits d’une distance maximum de 80 km entre leur lieu de production et celui de leur consommation. Cette forme de consommation durable est défendue autant par le ministère de la Transition écologique que par les syndicats paysans. Le Code des marchés publics français favorise et sécurise les achats locaux. Les circuits courts sont censés retisser le lien social entre les fermiers et les consommateurs.

Pourtant, de nombreuses enquêtes montrent que 87% des Français  (Opinion Way) préfèrent encore acheter leurs fruits et légumes dans le circuit de la grande distribution. Pour l’Ademe, la consommation de proximité, avec 7% du total, reste marginale.

Mais, le moindre des paradoxes n’est-il pas que des études récentes montrent que les circuits courts n’ont pas nécessairement un bilan environnemental positif. Ainsi les émissions de gaz à effet de serre par tonne et kilomètre parcouru sont dix fois plus faibles pour un camion de 32 tonnes et 100 fois plus faibles pour un cargo transocéanique que pour une camionnette de 3,5 tonnes. Le transport de la tomate bio achetée sur un marché produit jusqu’à 650 geCO2/kg pour seulement 120 geCO2/kg pour une tomate achetée dans un supermarché.

Les circuits courts sont d’abord pénalisés par la faiblesse des quantités transportées. Ils le sont ensuite par le déplacement fréquent du consommateur jusqu’à la ferme où il s’approvisionne. Le mode de production aggrave encore plus le cas des circuits courts : la production de proximité sous serre présente un bilan plus défavorable en termes d’émission de CO2 que le transport longue distance.

Le chercheur allemand Julius Liebig donne un exemple encore plus spectaculaire : la consommation de carburant pour la livraison de viande d’agneau dans un rayon de 100 km est sept fois plus importante que l’importation de la même viande de Nouvelle-Zélande (1,5 Kwh/kg contre O,2 Kwh/kg).

Les circuits courts, contrairement à une idée reçue, ne sont donc pas nécessairement favorables à l’environnement bien qu’ils puissent favoriser une meilleure répartition de la valeur ajoutée au profit du producteur et renforcer le lien social paysan-consommateur.

Source : Agriculture et Environnement