Comprendre les enjeux de l'agriculture
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3. Des modes de gestion de plus en plus innovants

Revenons à présent au questionnement central posé en introduction, celui du « trilemme énergétique » : comment apporter une énergie à la fois accessible, de qualité et à un prix abordable ? Partout, l’un des grands défis est celui de la viabilité du modèle financier adopté tant pour les kiosques énergétiques que pour les mini-réseaux, dans un contexte où le pouvoir d’achat des bénéficiaires est modeste et les coûts fixes élevés.

Logiquement, pour établir l’équilibre financier d’un site, il faut agir simultanément des deux côtés de l’équation du prix : en établissant une tarification adéquate et en renforçant l’efficience avec laquelle les services sont délivrés aux usagers (disponibilité, accessibilité, qualité).

Quelle tarification est mise en place ?

Examinons le premier côté de l’équation, celui de la tarification. Le coût initial de l’installation varie selon la capacité du système, la taille du réseau à desservir et la nature de l’énergie utilisée. La charge d’investissement correspondante, puis celle de renouvellement des composants (pièces détachées, batteries) sont difficilement amortissables dans un délai court. Quant aux charges de fonctionnement, elles supportent des dépenses (personnel, maintenance, consommables, taxes) qui doivent être, coûte que coûte, couvertes. Par la subvention ou par la tarification ? Ou par un mixte des deux ? A l’expérience, la participation financière partielle des usagers se révèle toujours comme étant un prérequis indispensable à la bonne acceptation du système, en faisant de l’installation énergétique un « bien commun » à préserver. Et ce, même si on s’adresse à des populations à faibles revenus. L’acte d’achat confère de la valeur à l’équipement et aux services qu’il offre. La gratuité est donc généralement proscrite d’emblée car non responsabilisante. La participation stabilise en outre le modèle d’exploitation.

Pour autant, en matière d’électrification rurale, l’application du principe économique du « recouvrement intégral des coûts » se révèle irréaliste, sauf dans des cas très limités. Il faut plutôt raisonner en termes de « recouvrement acceptable des coûts » par les usagers. Comment procéder ? On retrouve ici la question plus générale de la tarification d’un service essentiel. Elle est liée à l’avantage offert par le service tel qu’il est perçu par l’usager, de son accessibilité, de sa disponibilité réelle, de sa qualité (second côté de l’équation citée plus haut), en d’autres termes de son « consentement à payer » pour un service donné  au moins autant que de sa « capacité contributive ». Il procède par comparaison. Lorsque les ménages ne disposent pas d’électricité, ils ont recours à des solutions de remplacement beaucoup plus onéreuses, dangereuses et polluantes comme le pétrole lampant ou les piles électriques pour l’éclairage. Un autre avantage comparatif tangible de l’électricité est donné par la mouture mécanisée du grain, quotidienne en raison de la détérioration rapide de la qualité gustative des céréales, et qui libère du temps pour effectuer d’autres activités familiales ou productives (travail au champ, récolte de noix de karité par exemple dans le cas du Mali ou du Burkina Faso). Quant aux artisans et aux petites unités de transformation ou de réparation, la seule option alternative au kiosque ou au mini-réseau est de disposer de générateurs au diesel individuels produisant de l’électricité à un coût très élevé et avec des contraintes d’approvisionnement. L’évaluation de ces divers avantages permet de déterminer la limite haute du tarif finalement acceptable. Comme dans le cas des démarches du Gret et du GERES, ce tarif est le plus souvent obtenu par enquêtes sur l’évaluation des sommes que les ménages seraient prêts à payer pour bénéficier des avantages additionnels apportés par l’énergie.

Conjointement, sont évaluées les charges de fonctionnement et de renouvellement pour rétablir en fin de compte l’équilibre de l’exploitation et le montant de la subvention d’équilibre qui sera, en toute probabilité, nécessaire, au moins dans ses premier temps. Cette subvention peut avoir plusieurs origines. Dans le cas de la Mauritanie, cette subvention est versée directement par l’Agence de régulation (ARE) à partir d’un fonds abondé par les opérateurs mobiles et télécoms du pays sur lesquels s’impute une taxe spécifique. Dans le cas du Burkina Faso, le Fonds de développement de l’électrification (FDE) en faveur des localités rurales est également alimenté par le produit d’une taxe (2 Fcfa sur chaque kWh vendu) par la société nationale d’électricité (SONABEL). Dans les deux cas, cette contribution établit une certaine forme de péréquation entre usagers (du téléphone ou de l’électricité en réseau vers les usagers ruraux hors réseau). La fiabilité de ce mécanisme de compensation est jugée dans les deux cas comme une condition absolue de réussite de la politique d’accès à l’énergie.

Une fois le compteur installé et connecté au mini-réseau, la tarification prend logiquement en compte la consommation réelle. Cependant des variables incluent pratiquement toujours des bas tarifs sociaux, des tarifs à l’heure (avec des tarifs plus élevés pendant les heures de pointe) et les tarifs par catégories de consommateurs (résidentiels, commerciaux, industriels). Des modalités de gestion variables sont aussi utilisées pour optimiser « la courbe de charge», i.e. le rapport entre l’énergie  effectivement produite sur une période donnée et l’énergie que la centrale aurait produite si elle avait fonctionné à sa puissance nominale durant la même période, notamment pour les centres de santé, les écoles, les petites unités artisanales, grâce aux batteries, aux systèmes de contrôle des utilisations et aux systèmes prépayés avec achat et affichage des consommations sur téléphone mobile.

 

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