Orge-sorgho et orge-soja Les itinéraires culturaux à l’étude pour obtenir deux récoltes par an sur une même parcelle

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  • 17 Juin 2019
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En France, les résultats expérimentaux obtenus à partir des études menées par le centre de recherche Arvalis Poitou-Charentes, avec le concours de Terres-Inovia, sont très prometteurs. Mais ils doivent être confirmés. Pour obtenir deux récoltes par an, le soja en dérobée ou le sorgho en relay-cropping se marient très bien avec l’orge d’hiver. Les facteurs limitants sont la réserve utile d’eau dans le sol au moment du semis et les conditions climatiques en arrière-saison.

Sous certaines conditions, il est possible de conduire une seconde culture de vente sur des parcelles de céréales d’hiver moissonnées fin juin-début juillet.
Mais alors faut-il opter pour des cultures en dérobée, qui s’intercalent alors entre deux cultures principales annuelles (blé-orge)? Ou faut-il conduire simultanément deux cultures sur une même parcelle et opter pour cela, pour le relay-cropping ?
Des études menées en Poitou Charente en France, dirigées en 2017 et 2018 par l’équipe Poitou-Charentes d’Arvalis, avec le concours de Terres-Inovia en 2017, apportent des éléments de réponse prometteurs et pleins d’enseignements.
Réalisées sur des parcelles implantées en orge d’hiver semées à l’automne, ces expérimentations tentent de définir les itinéraires appropriés pour cultiver du soja ou du sorgho en seconde culture, afin de garantir deux récoltes abondantes à moindres coûts.

Du soja en dérobé, résultats probants

Après avoir produit 85 quintaux par hectare (q/ha) d’orge en 2017, Thibaud Deschamps et ses collègues d’Arvalis ont récolté jusqu’à 31 q/ha de soja sur des parcelles semées en dérobée dès la fin de la moisson. Or sur les parcelles voisines conduites en monoculture, les rendements étaient respectivement de 85 q/ha et de 34 q/ha.
Dans le même temps, la culture du soja en relay-cropping a été très décevante. La plante était en compétition avec l’orge alors que les réserves utiles en eau dans le sol, au moment du semis, étaient très insuffisantes pour alimenter une seconde culture. Si bien que le soja a végété jusqu’à la récolte de la céréale avant d’être étouffé par les adventices, après le retour des précipitations. Seuls 7 quintaux de graines par hectare ont été récoltés.

Le relay-cropping convaincant pour le sorgho

Pour le sorgho, la culture associée à l’orge en relay-cropping en 2018 a donné de meilleurs résultats qu’en dérobée (37  q/ha) car les plantes sont arrivées à maturité avant le retour des fortes précipitations automnales. Semée début mai dans les inter-rangs d’une parcelle d’orge d’hiver, la culture de sorgho a toutefois produit moins de grains (56 q/ha) qu’une parcelle conduite en monoculture (93 q/ha). Néanmoins, l’expérimentation n’a été conduite que sur un an. Les résultats doivent être confirmés.
Quant à la culture d’orge d’hiver sur les parcelles en relay-cropping (orge-soja ou orge-sorgho), le rendement obtenu (71 q/ha en 2017) est inférieur à celui des parcelles en monoculture (85 q/ha) puisque seuls deux rangs sur quatre ont été semés. Toutefois, il n’a diminué que de 17 % car les pertes potentielles ont été compensées par l’effet de bordure. Ayant plus d’espace, les pieds d’orge implantés au bord des inter-rangs ont davantage talé (occupé de l’espace) et à l’épiaison, ils ont produit plus d’épis plus gros.

Réserve utile en eau et maturité des grains

Les deux facteurs limitants des cultures en relay-cropping ou de la culture en dérobée sont la réserve utile en eau dans le sol au moment du semis et de la levée mais aussi le degré de maturité des grains à la récolte.
En relay-cropping justement, l’irrigation des parcelles d’orge en 2018 a permis au soja semé de se développer tout en garantissant une production tout à fait honorable (22/ha). Pour le sorgho, l’apport d’eau pendant la culture de la céréale a aussi été nécessaire même si la plante germe puis croît plus facilement en période estivale, quand le sol est relativement sec notamment.
Mais compte tenu des bons résultats obtenus en 2017, puis en 2018, pour les cultures de soja conduites en dérobée (cf ci-dessus), le relay-cropping irrigué présente au final un intérêt limité.
Mais, quelle que soit la seconde culture implantée, les graines de sorgho et de soja sont plus humides à la récolte que ceux des parcelles conduites en monoculture. Des coûts de séchage supplémentaires sont à prévoir. Toutefois, l’implantation de variétés précoces lève en partie le problème. En 2017, le taux d’humidité des graines de soja récoltées sur les parcelles conduites en dérobée, n’était que de 20 % contre 25 % pour les variétés tardives. Mais le rendement obtenu était inférieur de 4 quintaux par hectare à celui des variétés plus tardives.
Résultat, il faut comparer  les coûts de séchage supplémentaires au rendement supplémentaire de quelques quintaux de soja.
Les variétés précoces de sorgho cultivées en relay-cropping avec l’orge donnent aussi de meilleurs résultats. Sinon, la céréale peine à arriver à maturité.
Hormis la question du taux d’humidité, les variétés précoces cultivées présentent moins de risques que les tardives car les plantes sont moins exigeantes en termes de température.

Implantation de la prochaine culture principale

D’un point de vue technique, les cultures en dérobée de soja sont semées en semis direct et après la seconde récolte, il est encore temps d’emblaver la parcelle en blé l’automne suivant.
L’implantation des parcelles en relay-cropping relève parfois de l’acrobatie. L’automne précédent, il faut anticiper les implantations du soja ou du sorgho lorsque l’orge est semée : deux rangs éloignés de 15 centimètres sur quatre sont semés (à adapter selon l’inter-rang) puisque le soja et le sorgho exigent des inter-rangs larges de l’ordre de 50 à 60 centimètres.
Lors du semis, les tracteurs devront disposer de roues étroites, pour ne pas endommager les rangs d’orge, mais aussi d’effaces-traces, apposés derrière les roues, pour ne pas tasser la terre à l’endroit où les graines seront enfouies.
Mais sur les parcelles en relay-cropping orge + soja, une troisième culture de colza pourra être semée en semis direct à la fin de l’été, sur les rangs d’orges récoltés.
La crucifère bénéficiera alors de l’azote stocké dans le sol mobilisé par la légumineuse durant son cycle végétatif. Au final la parcelle portera trois cultures en deux ans  (orge –soja- colza) !
Le relay cropping n’impose pas l’acquisition de matériel spécifique hormis pour la récolte. Les éléments des semoirs seront glissés en fonction des distances recherchées pour implanter l’orge puis le soja à bonne distance.
En matière de fertilisation, le soja se contente allègrement des reliquats d’engrais contenus dans le sol. Et si la seconde culture est du soja, le sol est enrichi d’environ 20 unités d’azote mobilisables par la céréale qui la succèdera.
Enfin, conduire deux cultures en relay-cropping ou en dérobée enrichissent le sol de matière organique stockable.

1 Biographie de Frédéric Hénin
Frédéric Hénin1
Frédéric Hénin est journaliste Agricole
Il a notamment été enseignant agricole en sciences économiques, gestion et droit rural puis ingénieur-conseil en centre de gestion. Après neuf ans de journalisme économique à La France Agricole, il a rejoint Terre-net Média en 2008, comme chef de rubrique « politique agricole et économie-gestion » puis rédacteur en chef.

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