Étude d’impact environnemental et social (EIES) des projets agricoles en Afrique subsaharienne

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  • 28 Août 2017
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L’agriculture subsaharienne dans son contexte traditionnel

L’agriculture paysanne traditionnelle en Afrique subsaharienne est généralement une agriculture de nature extensive, basée sur le défrichement et le brûlage des formations végétales naturelles existantes : forêts, savanes1. La fertilité des sols forestiers, à laquelle s’ajoute l’amendement apporté par les cendres des brûlis, bénéficie à peu de frais aux cultures nouvellement installées.

Le travail du sol se fait typiquement à la main, ‘avec la daba’2 et le paysan, le plus souvent pauvre, ne peut acheter ni engrais manufacturés, ni pesticides : il ajoute au sol, dans le meilleur des cas, de l’engrais vert issu des amas végétaux du désherbage, ou il bénéficie des déjections laissées par les animaux domestiques qui vaquent dans les champs en vaine pâture. Les types d’exploitation agricole traditionnels s’appuient donc sur des systèmes de rotations sur jachères longues retournant parfois à la forêt, peu consommateurs d’intrants et sans résidus. S’ils sont peu productifs, ils sont « 100% bio » et génèrent, en majorité des déchets biodégradables. Ils ne présentent pas – sinon de façon marginale – d’impacts négatifs significatifs sur l’environnement.

 

Répondre au développement démographique, économique et aux défis de la mondialisation

Cependant, si de tels systèmes peuvent perdurer dans des contextes de faibles densités démographiques et d’espaces vacants disponibles – comme cela pouvait se rencontrer fréquemment avant la colonisation dans un continent sous-peuplé – ils ne sont plus viables aujourd’hui, dans un contexte de forte expansion démographique, induisant la raréfaction des terres et la dégradation et disparition des écosystèmes naturels, comme on peut l’observer à présent dans nombre de pays d’Afrique3.

De plus, de tels systèmes, fortement consommateurs d’espace, ne sont plus tenables face à la nécessité de conserver les forêts considérées aujourd’hui comme des puits de carbone dans le cadre des enjeux planétaires de la lutte contre le réchauffement climatique. A cet égard, le Bassin du Congo – 3e massif forestier mondial en étendue4 – est devenu une cible d’intérêt stratégique spécifique sous haute surveillance, notamment de la part des ONGs internationales et des scientifiques5.

Par conséquent, les systèmes agraires traditionnels doivent nécessairement devenir plus productifs pour nourrir plus de populations, plus intensifs pour consommer moins de terres, plus rentables pour dégager plus de revenus, en résumé plus performants pour permettre au continent africain de sortir de pauvreté endémique.

Mais l’agriculture intensive génère des impacts sur l’environnement

L’intensification de la production agricole nécessite l’emploi de matériels végétaux adaptés (semences sélectionnées, améliorées), l’usage d’engrais (verts et de synthèse) et de pesticides (via la lutte biologique et les produits chimiques), la mécanisation du travail des sols (préparation, sarclages, épandages, récoltes), le conditionnement et le stockage des denrées (séchage, décorticage, stockage…), leur valorisation sur place (agro-industries de 1ère, 2ème, 3ème transformation)…, tout cela dans un environnement aménagé, c’est-à-dire doté des infrastructures nécessaires pour l’apport de fournitures et services (artisans, commerces, banques…) et pour la commercialisation des produits (routes, marchés, ports…).

 

1 Avec des exceptions notables, parmi lesquelles on trouve des systèmes agraires traditionnels intensifs, comme par exemple : la culture de l’oignon  en pays Dogon au Mali, la culture du mil sur terrasses en pays Kapsiki au Cameroun, la culture du riz sur estran à mangrove en pays Balante en Guinée-Bissau, la culture du bananier sur collines en pays Hutu au Burundi…
2 A la houe.
3 On trouve encore de grandes zones inoccupées susceptibles d’exploitation par l’agriculture, soit des zones de forêts denses comme dans le bassin du Congo, soit des zones de savanes encore infestées par la mouche tsé-tsé, comme dans certains pays d’Afrique australe (Mozambique, Zimbabwe…).
4 Après l’Amazonie et la Sibérie.
5 Cf. un récent article du Monde du 24/07/17 : « Forêts du Congo : des scientifiques dénoncent à leur tour le projet de l’Agence française de développement ».

 

Biographie Patrice Mauranges

M. Mauranges, géographe et ingénieur forestier, est un environnementaliste expérimenté en matière de projets concernant le développement rural, de développement durable, le changement climatique… Depuis 35 ans, il a effectué plus de 50 missions sur ces sujets dans une trentaine de pays d’Afrique.

Patrice Mauranges

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